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28 février 2006

Piffuit mon canard

piffuit_publigande Piffuit, c’est mon canard. Je l’appelle ainsi car c’est tout ce qu’il sait dire et son cœur qui soupire n’a  pas d’autre désir. Pifuit, depuis deux ans que j’essaie de le démutiser chaque jour en lui lançant sa poignée de maïs garanti sans OGM, s’épuise en soufflotant : piffuit, siffle-t-il en allongeant son cou et en remuant sa queue qu’il a fort longue, noire et blanche comme le reste de son plumage. Pas une trace de gris malgré son grand âge.

Il a aussi le cou à moitié dénudé tant il a souffert. Eh oui Piffuit est longtemps resté muet au sein de la basse cour qui comptait alors trois autres canes et canards, deux beaux coqs arrogants et cinq poules mutines qui me fournissaient chaque jour autant d’œufs frais.

Piffuit, à l’époque poussait des cris d’orfraie  car il était pourchassé par ses congénères qui plantaient leurs becs acérés dans son cou. Il avait donc appris à se terrer dans un coin du poulailler afin que nul ne  le trouve. En pure perte. Quoique.

Un beau jour, ou plutot par une noire nuit , une de ces nuits où nul espoir luit pour des volatiles sans défense mais peu volatils, le renard fit main basse sur une de ces volailles. Chaque nouvelle nuit lui fournit un nouveau tribut. Toutes y passèrent et trépassèrent. Seul Piffuit sut se cacher comme il convient et échappa, le pauvre hère, à l’ire de sire renard.

Deux ans déjà que Piffuit est seul et chaque jour je m’efforce de le démutiser. D’abord, à grand peine, il apprit pff puis piff, puis encore piffhe, et puis encore pifffeuh et maintenant il en est à Piffeuhuit, soit pifuit en bon français.

Dans cette progression digne d’un grand pédagogue, je voudrais alerter céans les autorités qui veulent confiner Piffuit mon canard sauvé des os du cimetière de ses congénères, dans un enclos cadenassé , pénalisant ainsi tout espoir de nouvel apprentissage et –pire- le ramenant au fin fond d‘une caverne au bout de laquelle il n’apercevra nulle lueur .

Désormais avec ce règlement inique, finis nos dialogues quotidiens et son effort de canard. Monsieur le Président je vous demande une faveur ultime, s’il n’en reste qu’un sur le territoire hexagonal, un seul volatile domestique aussi fidèle et reconnaissant pour les prochaines échéances qui attendent la France,  sera Pifuit mon canard

Autorisez-le , Monsieur le Président, à réussir cette discrimination positive que vous appeliez naguère de vos voeux . C’était au premier de l’An et je me joignais alors à vos vœux vengeurs. Oui, Monsieur le Président accordez à Piffuit mon canard le droit de rester en liberté dans son enclos, il paraîtra ainsi moins sot si vous êtes clément, et vice versa, pour une fois.

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