Raphaël avait recu en cadeau un amour d’ours comme beaucoup d’enfants et de petits garçons en particulier. C’était son frère jumeau, son compagnon de jeu, le confident de ses nuits, le réconfort de ses réveils. Il pouvait tranquillement attendre et son papa et sa maman en faisant patienter son amour d’ours.
Bien sûr, c’était un compagnon de vie idéal, discret,souriant comme un rayon de miel, lumineux comme un rayon de lune, pas têtu pour un sou, toujours de bonne humeur, tantôt tête de turc, un tantinet tête de gondole, tantôt objet de tendresse : un ami fidèle en tous points, un amour d’ours.
En plus, pas gourmand : il n’aimait ni le miel comme tous ses autres congénères des Alpes, de Croatie ou des Pyrénées ni les chasseurs. Raphaël pouvait laisser ses bonbons à sa portée, jamais il n’en manquait un seul. Il délaissait même les tablettes de chocolat qui traînaient dans un coin de sa chambre et il n’avait même jamais glissé sa patte griffue dans le pot de Nutella dont il était si friand.. Bref jamais ours n’avait fait l’objet d’une telle dévotion. Quoique… Bref, pour Raphaêl cette idylle était devenue trop parfaite.
Un beau jour, l’orage gronda et se répandit dans la maison. Raphaël fut tancé vertement pour une broutille et se déclara subitement mal-aimé.. Vexé, fâché, tourneboulé, il tint son nounours pour responsable de son désamour .
C’est ainsi que germa leur première scène. Le nounours, pacifique par nature, ne se défendit guère, il ne protesta pas davantage et subit la colère du bambin sans un mot, sans un cri, sans un râle. Raphaël avait beau dire, le nounours ne sut le maudire . Devant un tel flegme, Raphaël passa la surmultipliée et sa colère enfla comme un grand. Il attrapa le nounours à pleines mains, le brandit pour le faire virevolter au dessus de lui. Il le fit tournoyer ensuite en maudissant le pauvre animal qui commença alors à écarquiller les yeux de stupeur.
Plus il tournoyait, plus il se retrouvait écartelé. Le manège infernal prit de plus en plus de vitesse jusqu’à ce que, au sommet de sa rage, le bambin lâche de toute ses forces le nounours tourneboulé. Celui-ci s’envola dans les airs, rata de peu le mur et s’engouffra à travers la fenêtre grande ouverte. Il compta alors les étages, un puis deux, puis trois, puis quatre et dans un grand boum taffeté par sa peau d’ours, s’écrasa sur le toit d’une voiture en stationnement.
Raphaël se précipita à la fenêtre mais le nounours avait disparu .Il eut beau chercher, scruter les cieux : travelling avant travelling arrière et contre-plongée n’y firent rien. Envolé ?.Mais oui c’est cela : en-vo-lé ! Ses cris et ses larmes n’y changèrent rien .
Sa mère accourut alors pour retrouver un bambin effondré sanglotant un sempiternel « Rhumfr… Nounours s’est envolé , sniff ih ih » Sa mère comprit la situation en un clin d’œil, dévala les escaliers avec Raphaël dans ses bras, mais il n’y avait point de nounours au droit de la fenêtre, ni même aux alentours. Seule une place de parking vide...
Ainsi s’envolèrent les rêves de Raphaël et l’âme ours du bambin…Le soir, depuis lors, les yeux lourds de l’ours d’alors, il reste des lustres entiers devant la fenêtre, regardant au dessus des nuages, dans l’infini des cieux, espérant la prochaine réapparition de son nounours. A Noël ou plus tard : le 22 avril ?….

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