Voyance, déviance et juspestilentiel
Un scandale éclate au coeur du Bordelais, région dédiée pour l’heure à un futur présidentiable qui, après un ralliement de circonstance -et du bout des lèvres- au candidat inique de la majorité craquante, pour signifier plus tard, quoiqu’il arrive : « je vous l’avais bien dit, j’ai fait ce que j’ai pu… mais .. », commençait à lancer sa campagne pour ravir le trône au susdit croquant en 2012.
Tout allait pour le mieux . La mairie venait d’être reconquise après avoir été déposée en des mains fidèles par celui que tout le monde appelle affectueusement « Bac moins cinq ».
Un cacique de l’opposition s’était rallié au hiérarque et une nouvelle mission venait de lui être confiée dans la tradition locale pour «constituer un laboratoire social ».
Les affaires culturelles avaient été reprises en mains par un autre affidé et une avocate de renom avait pris ses aises au Palais Rohan
Bref, le train de la démocratie participative (réservée aux intimes du prince et au service des cent familles du pavé des Chartrons) filait sans accroc, bien mieux que le tramway local qui cesse tout service au premier flocon de neige.
En France, la grande question qui taraude les esprits rapporte chaque année quelques quatre milliards d’euros aux pythonisses en tous genres qui cherchent à apporter des réponses : « Que sera demain ? » et autres subsidiaires « Comment devenir riche ? », « Comment conserver le pouvoir ? », « Comment marabouter un adversaire ? », « Comment retrouver l’être aimé ? « ou « Comment gagner au loto ?»
Une parisienne bien connue de Piffuit avait été, en son temps, impliquée dans le scandale du « Carrefour du développement » pour avoir servi d’intermédiaire auprès des divers dirigeants et caciques du pouvoir en place . Ceux-ci comme certains opposants qui voulaient revenir aux affaires, la consultaient régulièrement à côté du Gotha parisien et des émarques rationnalistes.. Quelques ministres avaient monté une vaste opération parfaitement désintéressée d’aide aux déshérités des pays africains.
La patrouille les avait démasqués comme elle vient de le faire dans la patrie d’Aliénor.
A l’époque, ce fut la pauvre astrologue, qui n’avait rien pu prédire dans les astres, qui paya les pots cassés : un million de francs d’amende amère et quelques mois de réflexion à l’ombre pour améliorer ses techniques prédictives.
Dans la ville de Mauriac, notre voyante n’a rien vu venir non plus. Par contre, elle avait prévu trop tôt de devenir l’héritière d’une riche octogénaire et tout un petit monde d'augustes rapaces s’était solidarisé pour participer à la fête : bijoux, tableaux, meubles et comptes en Suisse .
Bilan : un état-major décimé, trois fidèles mis en examen dont un à l’ombre en compagnie de la cartomancienne médusée après avoir abusé de ses dons..
Question : qui a bien pu lancer une telle torpille dans le vaisseau amiral qui, après un détour sabbatique par le Québec, s’était gentiment ancré dans le Port de la Lune avant de reconquérir Lutèce puis la Gaule tout entière ?
Heureusement pour les dévots du vin et les devins du vote, il reste encore suffisamment de représentants de cette profession des sciences occultes très féminisée, voyants et voyantes, marabouts et rebouteux, astrologues et astres éteints, cartomanciennes et chiromanciennes, devins et devineresses, pythonisses et pisse-vinaigre, gourous et gourettes, mages et majestés, spirites et diseuses de bonne aventure, adeptes du yi-king et autres visionnaires, pour répondre à cette question de Sphinx, enfermmée pour l'instant dans un sarcophage.


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