Comment lutter contre l’exclusion qui condamne chaque année 160 000 élèves à sortir du système scolaire quasi-analphabètes et à 100 000 autres étudiants à gicler du système universitaire sans le sésame de l’enseignement supérieur auquel ils aspiraient ?
La réponse des augustes qui président aux tristes destinées du Mammouth, a le mérite d’être claire :
- en supprimant la formation pédagogique des maîtres qui se pressent dans les IUFM au profit des matières disciplinaires spécialisées (français, histoire, maths, etc),
- en élevant le niveau d’entrée de licence à master (Bac + 5) ;
- en supprimant l’année de stages pratiques, ce qui fait économiser la rémunération de 10 000 stagiaires et permet à 160 000 prétendants de surseoir à leur entrée dans les listes du chômage pendant une année supplémentaire.
Dans le même temps les doctorants qui avaient la chance d’être rémunérés pour leurs recherches et donner quelques cours voient leur organisme de tutelle - qui les assistait et leur fournissait une formation pédagogique - supprimé (CIES, centre d’initiation à l’enseignement supérieur) .
Dès lors, à l’issue de cette réforme qui fera date dans les annales du brevet d’incapacité de nos élites, nos chères têtes blondes vont pouvoir avoir en face d’elles des cerveaux bien pleins (pour les 7% qui apprennent encore quelque chose pour parvenir à Bac+5) mais des têtes mal faites pour écouter et adapter leur discours pédagogique aux attentes des 93% laissés pour compte. L’expression sera encore davantage réprimée au profit d’insipides cours magistraux dont Alain, philosophe et pédagogue disait : « c’est temps perdu ». En conséquence, davantage d’échecs, davantage de violence dans les cours d’école comme à l’extérieur et davantage d’exclusion.
Ainsi les entreprises ne pourront elles recruter ces jeunes français sans diplôme. Elles se tourneront tout naturellement vers des filières étrangères car pour un diplômé français, elles ont déjà le choix entre 25 Roumains, 250 Hindous et 2 500 Chinois à des tarifs imbattables. Ainsi elles délocaliseront moins puisqu’elles n’auront plus que des foyers d’excellence en France et des populations ouvrières ailleurs. Il y aura évidemment moins de stress pour ceux qui travailleront encore, moins de soubresauts sociaux pour préserver les emplois subsistant dans l’Hexagone et, bien entendu, moins de suicides dans des entreprises qui auront éliminé les plus fragiles.
Voila une réforme de l’EducaSSion nationale qui va dans le bon sens, toujours inféodée à l’économie en privilégiant d’éphémères conserves culturelles au détriment de l’essentiel : le dialogue pédagogique et la formation de têtes bien faites chères à Montaigne.
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