Joël s’assoupit quelques instants sur un projet ardu à base d’équations rebelles comme fondements à un modèle mathématique d’écoulement de flux autour d’une nouvelle aile d’avion rétractable en vol, dans le but d’économiser du kérosène.
Un songe étrange envahit son esprit et il se laisse aller à son étreinte. Il vogue bientôt en Ax ou Bx, il ne sait plus trop bien, mais en tout cas le Cx s’élève au carré au dessus des cieux. En fait, c’est le traîneau du Père Noël qui l’emmène
Un vieil air résonne dans sa tête, il entend des cloches joyeuses carillonner, Ring the bell, Joël, c’est Noël.. ;.
« Voila une maxime dont il faudra me souvenir au réveil », pense–t-il en se cramponnant au chariot magique qui l’embarque au firmament.
Mais il est trop fatigué pour résister. Le traîneau l’entraîne plus loin . Il se met à hurler à pleins poumons alors que le souffle de l’air et la neige mélangée lui fouettent le visage et s’insinuent dans ses yeux qui le piquent. Mais que c’est bon de se laisser aller à aboyer tout le mal que il pense de ces fichus exposés, de ces réunions de travail interminables et de ces concours idiots, de ses collègues ahuris et de ses chefs tyranniques.
Il retrouve la chansonnette « les cahiers au feu et les maîtres au milieu » qui colle si bien à sa situation professionnelle : c’est la continuité d’une même relation de dépendance et d’aliénation. Le chaînes sont parfois dorées mais la règle est d’airain. Puis, il lâche un cri terrible en improvisant une danse du scalp pour clore cet instant de défoulement sauvage. Archi-nul ? Certes ! Mais que cela fait du bien, même en rêve….
Il se rattrape comme il peut à l’arrière du traîneau en tirant la barbiche du Père Noël qui cravache des rennes endiablés. Ring the bell, Joël c’est Noël trotte toujours dans sa tête.
Il est maintenant au dessus d’un grand lac qui ressemble à un vaste miroir. Il aperçoit des patineurs virevoltant tout en bas. Un gamin lui fait des signes avec une main menue. Il s’approche . Il le voit maintenant plus distinctement. C’est bien lui, Joël. Il avait alors trois ou quatre ans. Il s’en souvient bien car c’était la première fois où il était allé à la patinoire avec sa petite combine bleue et or, son écharpe rouge et ses gants blancs. Il patinait déjà comme un dieu du stade. Il se revoit en pleine lumière : il éclatait de rire avec son père qui lui faisait faire la toupie et le portait sur ses épaules.
Ah ! qu’il était heureux en ce temps là ! Son rire éclate en cascade dans son oreille. Comme je suis heureux, insouciant, dans les bras de papa. J’entrevois maintenant maman plus loin qui applaudit son rejeton, moi, le plus beau, heureux !…Elle me tend une fleur. Elle grandit, je sens son odeur ; oui, c’est une belle rose toute rouge qu’elle agite sous mon nez : papa vient de la lui offrir pour sa fête. Quel bonheur soudain…c’est géant !
(...à suivre...)
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