Robert vient d’atteindre l’âge de 55 ans . Travaillant dans une grande banque, il s’attendait à prendre une paisible retraite dans quelques mois…
Las ! Son patron, patelin, vient de lui annoncer que la société allait se conformer à la loi générale: départ à l’âge légal pour tous : 65 ans !!!. Normal avec le pactole offert par le gouvernement pour éponger les frasques de Jérôme et des autres, il faut bien lâcher du lest.
Robert est entré dans la banque comme guichetier, son certificat d’études en poche : il avait 14 ans, c’était l’âge légal à l’époque. La belle époque ! Il était le seul de son groupe de copains à avoir un salaire : l'équivalent de 100 euros à l’époque et il menait grand train. Il avait acheté un Solex pétaradant et à 18 ans il s’était offert une superbe R14, bonne poire.
Depuis lors, il manipule des liasses et des liasses de billets et psalmodie sa litanie gentiment car Robert est la crème des hommes : « Bonjour Monsieur -Au revoir Madame- signez ici je vous prie – oui d’accord je vais chercher votre chéquier- pouvez vous me rappeler votre numéro de compte?- voici votre solde- signez ici- merci- je vous le dis tout de suite- oui je regarde -signez ici merci- à qui le tour ?- Bonjour Mademoiselle… » En tout à peine une trentaine de mots de vocabulaire chaque jour. Pour les autres, il expédie ses clients aux responsables de compte…
Heureusement il lit la page spéciale du Sélection du Reader’s Digest, consciencieusement chaque mois, la rubrique « Enrichissz votre vocabulaire »
Même pas besoin d’apprendre tout ce galimatias par cœur : c’est devenu une habitude. Il en rêve même la nuit. Il compte des tonnes de liasses de billets et n’arrive plus à se souvenir où est la liasse manquante. Il recompte encore une fois et, cette fois, il compte en francs et ne se souvient plus de la conversion en euros . Entre temps le client a changé et il ne se souvient plus de son nom ni de ce qu’il comptait. Il recommence à compter, il se trompe encore une fois et brusquement un coup de vent disperse les bank-notes. Il recompte et cette fois le compte est juste mais son guichet a disparu : un robot le remplace.. et…il se réveille en sueur…Ouf , ce n’était qu’un cauchemar !
Pendant tout ce temps, il compte 41 ans d’active, il n’ a eu besoin d’aucune formation. D’ailleurs personne ne lui en a proposée, sauf deux heures d’information de temps en temps pour qu’il connaisse les changements d’étaux offerts aux clients. « Oui : d’étau, pourquoi ce n’est pas comme cela qu’il faut dire? Pourtant c’était bien le sens du message de la direction, serrer l’étau sur les clients et facturer le plus possible d’opérations. Trois pages entières à apprendre par cœur !».
Finalement le travail est assez cool à part les samedis de folie qui tombent en début ou en fin de mois comme c’était le cas samedi dernier 28 novembre. Il a dû faire sa caisse, la compter, la recompter et faire des liasses à n’en plus finir. Finalement il est parti à 14 heures 35 , deux bonnes heures après la fermeture aux clients, alors que son directeur le traitait de lambin….Il exagère: il n’est plus un bambin.
Bof ! Finalement il s’y fait : plus que dix années encore à tirer . Ilsera récompensé par un stylo à plume en or Made in China pour son départ. Trop cool : il n’écrit jamais, il préfère pêcher….
Ya quand même un hic : comment va-t-il se cultiver maintenant que Sélection du Reader’s Digest a mis la clé sous la porte ?
Peut- être s’abonner à "La Gazette afghane ?" Il aura ainsi des nouvelles du front et de nos vaillants soldats ...
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