Au matin du premier janvier une triste nouvelle s’est répandue parmi les animaux de la forêt landaise : une buse avait fondu sur l’enclos tuant d’un bec sauvage notre canard des chênaies landaises.
Il avait survécu à la grippe aviaire, survécu au renard, résisté aux avanies, supplé le départ de son patron au Canaries, survécu à la furie des festivités qui transformait ses congénères en rillettes, magrets, rôtis et côtelettes, grattons et pâtés en tous genres.
Lui qui ne voulait être le canard laquais de personne, il avait donné de sa personne pour apprendre à parler et s’exprimait fort correctement comme un Petit Prince du management pour donner des leçons frappées au coin -coin du bon sens, au fils du maître frappé en plein cœur au mauvais milieu de la dernière tempête ayant ravagé la forêt landaise …
A ses funérailles tous les grandes gueules du pays se sont déplacées .
C’est Chichille qui a commencé l’oraison funèbre sans rime ni raison par un vibrant :« Mes chers compatriotes... » Ensuite Niko a coupé la parole à son ex-calife « Moi en tant que président de l’arrêt public en rase campagne , je vous pose une question … »
Ségolène a répondu chastement: « Moi qui suis une fille de la campagne, même si je suis un peu gauche en cette circonstance électrique, suis la seule habilitée à parler d’un canard »
Mamère, ému, a enchaîné « Non ! moi seul sais reconnaître la vie écolo que ce volatile menait et je peux même dire qu’il était exemplaire d’une vraie vie au vert ». Il ne rajouta pas son fameux bras d’honneur quand Papy Le Pen lui coupa la parole :
« S’pa, j’aimerais rajouter un détail à l’histoire de ce canard, s’pa, qui n’ a pas échappé à la dernière rafle de l’hiver, s'pa dont je ne suis ni responsable ni coupable, s'pa! ».
Hortefeux toujours prompt à couper les virages de droite à l’intérieur comme la parole de ses interlocuteurs, se fendit d’un cinglant : « Oui, un froid de canard on supporte, mais quand il y a plusieurs canards cela devient vite insupportable ».
Bayrou venu en voisin sur son tracteur, déposa une gerbe de maïs Monsanto sur la tombe du défunt et ne put sortir un mot tant il retrouvait l’émotion de son enfance qui l’avait rendu bègue . Cependant, en homme qui a des lettres et en digne héritier du Vert galant, il balbutia pour une fois une phrase simple mais toujours aussi incompréhensible « je veux re ..re… centrer l’hommage »
Agacé et un peu essoufflé par le sprint qu’il venait de remporter sur son vélo du service public, Besancenot lui coupa le sifflet: « Il est heureux que le grand capital n’ait pas réussi à couper le plumage de ce travailleur pour en faire des couettes après l’avoir plumé sa vie durant dans des tâches ingrates, avec des cadences infernales, bravo camarade de la leçon que tu donnes à tous. Puisse ta mort servir d’exemple de résistance à la tyrannie jusqu’à la lutte finale!!! »
C’était l’après midi d’un aphone pour Krivine qui ne put placer un mot : il pointa un pouce en l’air à ce bon élève pour manifester son aval, toute honte bue.
Arlette renchérit en fredonnant l’Internationale tandis que Juppé, pour une fois infidèle à ses promesses, déposa une poignée de cerises sur la tombe fraîche et repartit en vitesse dans sa Prius toute neuve équipée de tous les gadgets à la mode qui augmentaient considérablement la consommation de base …
Ainsi l’âme de Piffuitt s’envola-t-elle en paix dans l’infini des cieux alors qu’un message d’Obama fut apporté par une estafette en ce jour qui ne l'était point. Il révéla une triste vérité que tous les services de renseignements américains avaient mis des années à percer : « Yes, you canette ! »
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