L’influence syndicale à chuté en France ces dernières années puisque le taux de syndicalisation est passé de 28 à 8% en vingt ans. Il n’empêche que les syndicats sont souvent accusés d’entraver la marche normale des entreprises.
Or la seule demande constante et légitime des salariés qui contrarie les dirigeants est double : d’abord être informé de la marche de l’entreprise et des décisions en cours et, en second lieu, pouvoir participer à la concertation qui préside à la prise de décision. Or,en France, la prise de décision est souvent le fait d’un seul et correspond à une stratégie du secret qui exclut toute concertation.
Prenons un exemple remarquable situé de l’autre côté de l’Atlantique pour ne fâcher personne de ce côté-ci. Suite à la grande crise de 2008 les constructeurs automobiles américains sont au bord du précipice et le n°1 mondial est en faillite. Or la stratégie des dirigeants a été de vénérer « big is beautifull » en dépit de l’épuisement des ressources en pétrole, en dépit du réchauffement climatique qui incitait à réduire l’émission des gaz à effet de serre , la pollution des usines en général et celle produite par l’industrie automobile en particulier.
Eh bien, les gourous de Wall Street ont trouvé un bouc émissaire idéal : « les syndicats gloutons et irresponsables » selon l’expression de Marianne[1]. Les critiques les plus virulentes s’adressent à l’UAW (United Automobile Workers) qui va entrer dans le capital de la future société d’une major de l’industrie automobile dont l’Etat américain détiendra 70% : General Motors. Le responsable de ce syndicat apporte une garantie de poids dont nos dirigeants rêvent en cachette : un renoncement à tout mouvement de grève jusqu’en 2015, outre une diminution des salaires et une réduction de la couverture santé.
Les tenants du libéralisme poussent des hauts cris en prétendant que ces concessions sont bien trop tardives car elles font suite, selon eux, à des décennies de dérives salariales qui expliqueraient l’absence de compétitivité des engins produits par GM dont les énormes 4X4 consomment 30 litres aux cent kilomètres et sont naturellement invendables à d’autres clients que les stars huppées de la planète people. Entre autres tares rédhibitoires l’UAW est aussi accusée d’avoir concouru à un taux salarial des ouvriers de l’automobile atteignant 74 dollars l’heure contre 44 pour les ouvriers de Toyota récemment installé aux Etats Unis. Or le Nippon n’a pas à supporter le coût des retraites et de la couverture sociale de ses nouveaux employés. En outre certains ouvriers, parmi les plus qualifiés, gagneraient près de cent mille dollars l’an. Evidemment la comparaison avec la rétribution des traders, dont les bonus atteignent 94 milliards en 2009, et celle dirigeants qui ont plombé l’économie mondiale -et alimenté, sinon déclenché-, la crise est passée sous silence.
Cet exemple met en évidence l'injustice criante qui perturbe gravement tous les organismes de travail : une conception profondément inégalitaire des rapports entre ceux qui dirigent et ceux qui exécutent :
- les uns peuvent bénéficier sans compter de tous les privilèges salaires, stocks options, golden parachutes, avantages en nature, notes de frais, et bonus;
- les autres doivent se contenter de salaires bloqués, de conditions de travail d'un autre âge et de l'absence de considération qui caractérise un pion sans valeur ni identité humaine.
La fracture est encore plus radicale quand on compare la prise en compte des salariés, les conditions de travail, la connaissance des informations, le pouvoir de décision des uns et les restrictions auxquelles sont soumis les autres dans tous les domaines de leur activité : information, décisions, horaires, reconnaissance, expression, progression, reconnaissance, développement personnel.
Mais quel dirigeant français se soucie de ces besoins fondamentaux ? Ils font pourtant partie intégrante de la nouvelle norme ISO 26000...
Comme pour le bilan carbone, sera-t-il possible de s'exonérer des droits humains fondamentaux en achetant en Bourse la possibilité de les bafouer ?
Commentaires