Acte 3
Cet ostracisme manifeste donnait aux Angloys une excellente occasion de dénoncer le phénomène et de déclarer partout, urbi et orbi, haut et fort qu’ils étaient des victimes. En conséquence, il était normal qu’ils se défendent bec et ongles contre tous les ennemis voués à leur perte et en particulier sur leur sol. Les medias relayaient ce message avec beaucoup de zèle et de nombreux intellectuels du monde entier se faisaient un devoir de renchérir avec complaisance cette icone victimaire qui enrichissait la saga du peuple angloy et l’enluminait tel un vieux grimoire.
Robert Merdoche, l’empereur des medias lui-même, qui avait tissé sa toile sur le monde entier, était l’un des puissants zélotes qui finançait généreusement le gouvernement angloy. Il ne ratait pas une occasion de vanter les mérites du peuple angloy dans ses journaux et ses chaines de télévision : émissions spéciales, documentaires sur la vie des courageux angloys, séries sur le combat sans merci livré aux terroristes, vie édifiante des grands hommes angloys, vertus millénaires du peuple angloy, mérites des émérites pères fondateurs….
Bizarrement cette hagiographie passait sous silence les moeurs dissolues de certains dirigeants, la corruption des dignitaires du régime, les trésors de guerre accumulés par les accapareurs, le goût pour les jeunes garçons d’un Président en exercice, la frénésie de tel autre pour les jeunes filles en fleurs ainsi que les sardanapales sadomasochistes des féroces généraux de l’Empire…
C’est ainsi que, malgré tous les méfaits exercés avec autant de cynisme que de sauvagerie contre les populations qu’ils avaient mises sous leur joug et enfermées dans des ghettos immondes, et en dépit des incursions extérieures pour punir les traîtres et les supposés terroristes qu’ils pourchassaient de leur haine inexpiable, le rayonnement des Angloys grandissait en développant cette image en forme d’oxymore de victime vengeresse ou de vengeur offensé.
Ce nouvel Etat bénéficia bien vite de privilèges exorbitants qui l’autorisait à vivre bien au dessus de ses moyens et surtout à s’armer bien au-delà de ses besoins, à l’image de l’armement démonstratif et massif affiché par les puissances qui alimentaient la guerre froide alentour. Des groupes révolutionnaires extérieurs à l’Empire profitaient ainsi de ses largesses et de bases d’entraînement discrètes disséminées dans la lande pour fomenter, ici et là de par le monde, des foyers de tension, des attentats ciblés ou des commandos propices à l’avènement de révolutions sanglantes.
Ces événements explosifs, largement médiatisés, constituaient ainsi à la fois un excellent alibi aux exactions de l’Empire AAA ainsi qu’un puissant pare-feu à ses ambitions impérialistes. L’Empire s’était mis à grignoter peu à peu une parcelle de la Gascogne, une miette de la Guyenne, un pan des Pyrénées et une langue de terre au nord de la Gironde.
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