Acte 4
Le lent grignotage de toutes ces régions étaient grandement facilité par l’impuissance du géant voisin qui ne pouvait surmonter sa cacophonie gouvernementale permanente et empêcher cette expansion, malgré des cris d’orfraie prononcés en tricolore à l’Assemblée nationale…
L’Empire put bientôt édifier un haut mur de ceinture pour protéger l’implantation avancée de ses colonies et confiner les populations locales dans des ghettos moyenâgeux contrôlés par les technologies de surveillance les plus sophistiquées. Des lignes électriques avaient même été incrustées dans le sol pour délimiter les zones dans lesquelles les indigènes devaient circuler et à la moindre déviation une décharge électrique rappelait le fautif à l’ordre.
Des sirènes hurlantes pimentaient la punition et, à la moindre récidive, la maréchaussée intervenait manu militari pour emmener le délinquant dont la photo se trouvait ensuite placardée le long du mur comme disparu, frappé de l’indignité impériale.
Dès lors, toute sa famille bénéficiait d’un bracelet de contrôle infâmant qui scandait le moindre pas, comme la clochette des porteurs de peste d’antan. Elle résonnait à l’oreille avec une sonorité bientôt reconnue de tous comme le signe de l’ennemi impérial. Ces nouveaux pestiférés devaient être évités à tout prix. Même les enfants encouraient les foudres de l’Empire s’ils étaient surpris à leur adresser la parole ou à leur fournir le moindre réconfort.
Malgré cette évidente négation des droits humains fondamentaux dont les chefs d’Etat régulièrement réunis en conclave se gargarisaient, une intense propagande et des lobbys puissants intervenaient aussi pour victimiser les envahisseurs et confirmer la fable de leur antériorité sur les sols occupés indûment .
Elle désignait à la vindicte universelle les autochtones paresseux, fauteurs de troubles qui occupaient indûment un sol sacré et manifestaient des complots montés en épingle, mais heureusement étouffés dans l’œuf. Les razzias de l’armée, le plus souvent préventives, permettaient d’arrêter les prétendus meneurs et de leur soutirer des aveux édifiants sur les menaces que leurs conspirations faisaient planer sur la sécurité de l’Empire.
Les médias internationaux relayaient complaisamment ces informations « de source sûre » en laissant supposer que ces épouvantables terroristes avaient des ambitions planétaires. Chaque pays pouvait donc légitimement se sentir menacé par une poignée de paysans fanatiques déterminés à détruire les Angloys et tous ceux qui les soutenaient.
Il était donc capital de mener une lutte sans merci pour éradiquer ce danger. Cette menace justifiait même une intensification des mesures répressives à l’encontre des Aquitains qui, en fait, n’aspiraient qu’à une légitime vie paisible qu’ils avaient toujours connue, entre forêt et océan, chasse et pêche, palombières et foyer, travail pastoral et vie festayre.
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