Les journaux, dans un mince entrefilet, signalent le rapport accablant des médecins de La Poste qui rejoignent les conclusions de Technologia à France Télécom qui en est -en deux ans- à son 55° suicide….
Piffuitt a pu obtenir une interview exclusive –et définitive ?- d’ une employée de La Poste qui voulait s'affranchir…
« Alors Adèle, ça va aujourd’hui ?
- Très bien merci : je me suicide demain !
- Ah bon, mais je te croyais malade jusqu’à présent ?
- C’est vrai, mais personne veut me croire…
- T‘es sûre ?
- Ouais tout à fait ! J’ai d’abord dit à mon chef que j’avais la migraine, il ne m’a pas crue.
- Il te préfère cuite sans doute ?
- C’est exact : à petit feu, je suis cuite, couleur crabe cuit !
- Explique moi…
- D’abord j’ai eu une migraine (je dirai même qu’elle était entière) tant j’avais mal, tout le temps. Personne n’a fait attention à moi .
- Ah bon ?
- Oui. Ensuite j’ai eu des nausées en venant au boulot le ventre révulsé. Tout le monde a commencé à me fuir et personne n’a voulu me croire…
- Moi si !
- Moisi, veux tu dire. C’est ce que tout le monde m’a dit : tu moisis dans ton boulot !
- Ouais…
- J’ai donc demandé un rendez-vous au chef qui m’a éconduite comme une malpropre en disant que je chouinais pour un rien et que, pourtant, il me faisait une faveur en m’en demandant une en retour…
- C'est-à-dire ?
- Laisse tomber : nous avons réglé l’affaire à l’amiable quand je l’ai menacé de porter plainte pour harcèlement…
- Et alors ?
- Bof ! Là, j’ai commencé à voir le mâle partout… Même à la machine à café les gens ricanaient en me voyant, surtout les mecs. J‘ai ensuite eu un premier accident de trajet, sans gravité. En fait, j’étais terrorisée d’arriver en retard et après une heure de surplace dans un embouteillage, j’ai accéléré et raté un virage. Tout le monde s’est marré : normal une femme au volant est toujours un peu timbrée...
Bref, j’ai voulu continuer sans rien dire et c’est là que j’ai commencé à souffrir du dos. "Les suites de l’accident, c'est probable", disaient-ils tous. Mais moi je savais que non. J’ai consulté des rebouteux, des médecins, des guérisseurs, j’ai avalé des tonnes de pilules pour supporter le mal. Sans résultat...
- Ah bon ?
- … Lors de l’entretien annuel, le boss m’a dit d’arrêter mes simagrées, ce qui est hénaurme car « je n’aime ni le confit ni le magret », lui ai-je répondu. Il en rigole encore !
- Il casserait pas trois pattes à un canard…
- Bref. Après cet épisode en eau de boudin, j’ai vu le toubib de la boîte qui m’a dit que je racontais des histoires malgré des maux d’estomac qui me révulsaient le corps entier. Il a fallu que j’aie un ulcère et qu’il le constate après de multiples examens pour me faire un certificat de maladie. Enfin, pour lui je délirais grave…
- Et alors ?-
- J’ai donc été consulter en ville parce qu’avec mon mec plus rien n’allait ; je hurlais dès qu’il m’approchait… Finalement après scanner et tout le toutim, le spécialiste m’a gratifiée d’un docte « Ce n’est rien : seulement un épisode bipolaire. C'est 80 euros... ». J’étais bien avancée. Pendant des semaines je n’ai pu fermer l’oeil de la nuit. Je ne te dis pas dans quel état j’arrivais au boulot. Crevée ! Out ! « Démotivée » a dit le boss et il m’a mise à l’index avec son gros doigt bagousé, comme s'il m'oblitérait: « Du balai, Adèle malade imaginaire, vous n'avez plus la flamme mais la flemme! », m’a-t-il dit !
- On ne fait plus cela de nos jours !
- Tu parles, ça n'a pas fait un pli ! A 50 balais c’est génial : promotion placard!
- En poste restante en quelque sorte.
- Oui! Ma mission d’intérêt public pour faire des économies : décoller des étiquettes de vieux dossiers, effacer ce qui était écrit au crayon et les reconvertir à neuf en les remettant en circuit. Dans ce cagibi de deux mètres carrés, la clim était à fond l’hiver et le chauffage itou l’été. Là, j’ai craqué... J'ai enfin obtenu un certificat médical d’arrêt pour trois mois.
- Et maintenant ?
- Demain, c’est le retour de la grande blonde pour une poignée de dollars et les ricanements de tous !
- Les collègues vont t’accueillir à bras ouverts et te soutenir…
- Vise la scène : si je dois retourner dans ce taf, je me tue à la machine à café devant tout le monde...
- Comment ?
- En avalant la gomme qui me sert d’outil de travail…
- Ce n'est pas très recommandé: tu vas t'étouffer devant tout le monde !...
- Exactement! Tu crois qu'ils vont étouffer l'affaire quand elle sera morte Adèle?
Commentaires