« Alors Piffuitt comment va ?
- Ca gaze à mort ! Merci ! Neuf pour être précis…
- Que se passe-t-il ?
- Un petit malin a acheté le nom de Laguiole. Inutile d’aiguiser un couteau pour connaître ce nom emblématique repérable par une abeille ou un savoureux Cantal . Or le village ne peut se servir de son nom pour faire de la promotion. L’affaire est portée devant la justice pour une lutte au couteau après une lutte à couteaux tirés depuis plus de vingt ans. »
- Et alors quel rapport ? »
Piffuitt, chacun le sait, est PDG d’une extravagante agence de com, Marquis de Sade ®, en pleine ascension malgré la pente côte, grâce à la crise. Plus la crise s’aggrave, plus il faut "communiquer" pour rassurer les gogos, girls et leur cortège de pom pom frites…Depuis que son patron est parti aux Canaries via une virée sardanapalesque en forme de festival de canes, il est désormais hors la loi dans son propre village. Le nom de ce village : Labrit, évidemment.
Or Piffuitt vient de déposer ce nom à l’Inpi pour le protéger et s’attribuer tous les droits afférents… Nul ne peut prétendre dorénavant vouloir se mettre à labrit sans verser de substantielles royalties.
Elles s’annoncent juteuses car avec tous ces conflits, toutes ces guerres inexpiables, ces désastres écologiques, ces volcans qui crachotent, ces inondations qui dévastent des populations, la montée des océans qui s’annonce, ces sans-logis des subprimes, ces SDF lâchés par Paule Emploi, El Nino qui guette et les marées qui jouent les pétroleuses pour s’unir en noir avec un beau BP, tous ces réfugiés vont évidemment vouloir se mettre à labrit.
Halte là : pas de mise à labrit sans péage ! De toutes façons, même dans une région qui compte sept habitants au kilomètre carré, outre un canard des chênaies, tous les prétendants à ce divin refuge (et glou et glou) à travers ce monde en folie ne pourront s’y réfugier.
Piffuitt a donc un problème d’inconscience. La dernière demande en date concerne les deux groupes rivaux, copains comme cochons également détestés, qui viennent de s’affronter au fin fond de la Méditerranée dans une grosse et félonne bataille navale picrocholine entre les halal et les kasher.
Piffuitt vient d’enregistrer la demande des 686 humanitaires qui prétendaient forcer le blocus sachant que les conditions alimentaires des populations enfermées dans ce territoire depuis des années sont parfaitement saines (selon un porte parole des garde-chiourmes en kippa). Comme quoi cela ne sert à rien de se voiler la face pour dire n’importe quoi, suffit d’oser sans doser ses propos en voulant faire prendre des pantins pour des messies et des vaisseaux pour des lucioles.
Piffuitt, dans le même temps, vient aussi d’enregistrer la demande des responsables de l’Etat des preux sans vergogne qui se sont laissés prendre au piège qu’ils avaient eux mêmes fabriqué.
Dilemme pour Piffuit : lesquels de ces réfugiés qui -en manifestant leur solide amitié qui réunit les peuples dans la paix, la fraternité et l'harmonie- ne peuvent ensemble se mettre à labrit pour cohabiter, va-t-il choisir d’héberger ?
Au plus souffrant évidemment ! Piffuitt n’a pas le shoah entre ceux qui filent comme un coran d'air et ceux qui rappliquent pleins gaz : tous à labrit!
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