Le colibri est un oisillon pétant le feu, petit par sa taille, grand par sa gueule qu’il a pourtant mince, ourlée par des babines de carnassier. Il chante et pérore à longueur de temps pour l'amusement de ceux qui le croient.
Fanfaron qu’hongrois toujours plus qu’il ne prouve, il claironne à l’envi sa joie et volète de nid en nid pour recueillir quelques miettes des oiseaux plus fortunés.
Il passe et repasse ainsi de rapace en rapace pour garnir sa niche et fait fissa pour voler en compagnie des vautours qui le dédaignent tant il est petit. Cependant son ramage et ses roucoulades réfléchissent le soleil en donnant un peu d’éclat à ces prédateurs qui attendent de cet oiseau minuscule un brevet de bonne conduite. « Voyez comme je respecte les petits : je peux donc dévorer les plus gros à satiété » déclare cet oiseau de proie en vampirisant tous ceux qui l’approchent. Oui c’est vrai qu’il l’avale bien !
Une sarcelle est un cousin germain de Piffuitt, cousin hagard du nord pour être exact.
Ce canard fréquente les marais et se fait fréquemment tirer par les chasseurs qui ne voient en lui qu’une proie facile qui se déguste entre potes entre deux gorgeons de bière dans une banlieue excentrée dont le béton croulant a fini par prendre le nom.
Les sarcelles vivent en groupe et adorent l’eau des marécages. Elles adorent s’ébattre dans la fange qui semble ne pas les éclabosuser mais au contraire renforcer leur appétit.
Quand ces deux espèces se rencontrent et s'unissent pour la ripaille et le délire, sarcelles et colibris donnent alors naissance à de curieux énergumènes dont l’extravagance n’a d’égale que l’inconstance. En langage psy on les nomme bipolaires, autrefois maniaco-dépressifs que l’on avait du mal à cerner.
Maintenant on sait que ces olibrius varient en une seconde d’un pôle d’exaltation messianique à un pôle inverse d’abattement christique. Ils alternent ainsi un comportement empreint d’une excitation quasi- démoniaque avec des abymes insondables de déprime à la moindre anicroche.
Ainsi, il suffit que ce mutant de sarkolibrius approche les fenêtres de ses riches amis qu’il admire et envie pour qu’aussitôt il commence sa danse frénétique auprès de toutes ces bêtes en cour: un petit sou par ci, un gros sou par là et de plus gros encore sous la table...
Et hop ! Le voici qui s'imagine s’envoler vers les cieux du pouvoir et de la gloire à l’égal des grands vautours dont il croit avoir hérité des gènes -sans gêne aucune apparemment- sous prétexte de les avoir cotoyé lors de son ascension.
Mais le petit cœur du colibri n’y suffit pas. L’effort consenti, la tyrannie des vents mauvais, les attaques féroces de l’aigle royal venant sur sa gauche, aussi bien que les piques de sa garde rapprochée de moinillons qui ont du mal à suivre son train d’enfer, le démoralisent souvent.
Il pique alors une colère noire, s’emporte comme le petit qu’il est et restera malgré sa morgue et ses prétentions étalonnées à l’aune de son ego. Il se désespère de sa condition qu’il ne peut changer.
Il rumine alors sa vengeance, mais il a perdu son pouvoir d’attraction et même les chasseurs le dédaignent au profit d’un vrai gibier qui fera un meilleur festin qu’un sarkolibrius auquel plus personne ne croit dans les promesses et autres rodomontades….
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