Piffuitt s’est construit, c’est à la mode, une cabane tout en haut d’un immense chêne chenu, resté debout au milieu de l’airial après la tempête Klaus.
De temps en temps, les nuits de pleine lune, il grimpe dans ce havre de pets de lapin et regarde la lande alentour, plongé dans un songe licencieux au fond du bois silencieux. Il contemple la légende des siècles qui s’étale à ses pieds à perte de vue tandis que la chouette hulule sous la lune qui lui cligne de l’œil.
Au loin, son esprit vagabond saute de monde en monde. Il aperçoit dans les limbes en lambeaux les traces des tracas que toute une faune, ayant défloré le pays depuis ces temps reculés, a laissé ça et là. En se dandinant un peu, il peut remonter un tantinet dans le temps pour y apercevoir ces vains envahisseurs qui prétendaient, par le glaive et par le feu, apporter la paix, la civilisation et toutes ces vertus, la servitude et la soumission, qui firent et défirent le peuple de France.
Pour prolonger ses rêveries solitaires, Piffuitt emporte avec lui une clé des songes efficace, moitié sauternes moitié armagnac…Le cortège onirique peut alors défiler sur l’écran plat de ses fantasmagories…
Les Romains méfiants mais pas si fiers, pacifiaient à la main en déployant leurs manipules sur la voie romaine qui menait à un bal à papa à Burdigala un soir de gala.
Les Gaulois, rassemblés autour d’un feu de camp, fumaient des Gitanes sans filtre et sans string dont ils jetaient les cendres dans un vieux vase de Soissons, à moitié recollé après avoir été cassé en mille morceaux par un inconnu dont personne ne retrouvait plus les traces au pied de l’Arc de Triomphe de la place générale des Gaules.
Les Francs anciens, alanguis autour de leurs échoppes à deux sous, ne savaient pas encore qu’ils allaient être convertis à la nouveauté puis happés par le délire d’écu qui lui même allait devenir l’euro après le tour de passe-passe des mages de Lisbonne.
Les Huns se battaient en duel par groupes de deux ou trois, aux quatre coins du pentagone, quartier général de leur chef désarmé dans les bras d’une demi-douzaine d’hétaïres septuagénaires, venues par groupe de huit ou neuf, de dix ou onze états unis par la détestation des douze apôtres, un vendredi 13.
Les Goths se fichaient de tout, sauf des miches de pains et des pichets de vin qu’ils dégotaient auprès d’accortes paysannes enamourées qui vibraient, alanguies comme des lapines au pied des piles de grands pins.
Les Wisigoths, leur grand vizir avec un casque à visière sur son chef, devisaient et juraient comme leurs alter ego, « got, magot, tricot, marigot, démagot, redingot, camelot » et ne sais plus quels autres mots barbares en dégrafant le corsage des Margot du voisinage.
Les Ostrogoths portaient des fagots destinés à allumer des bûchers pour faire des barbecues géants dans lesquels rôtissaient des steacks tartares ramenés par express du fond des steppes de l’Asie centrale qu’ils encensaient de toutes les fragrances de l’Orient .
(à suivre…)
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