(RESUME de "Ya un truc!" :
Piffuit raconte une séance de magie: un spectateur veut connaître le truc!)
....suite...
« Oui je veux connaître le truc ! » s’exclama le sceptique spectateur invité comme cobaye qui se voyait déjà initié.
Bushido, toujours aussi liquide, héla la salle :
« Et vous chel public, voulez-vous connaîtle ce tluc ? »
« Oui !» chahuta la foule en délire.
« Et vous, chel Monsieur, vous le voulez vlaiment que je lève le voile? »,
Le benêt s’étrangla dans un « oui » extatique. Il battit des mains sales comme un gamin et la salle hurla son approbation à ce nippon ni mauvais magicien.
« Alos, donnez-moi votle montle, Monsieur, s’il vous plaît.. »
L‘autre défit sa superbe Rollex en figeant son sourire interloqué et tendit sa breloque.
« Arrigato » fut la réponse. Piffuit attendit la cerise…
La Rollex fut prestement empochée, roulée dans un mouchoir. L’artiste prononça en vieux japonais quelques mots cabalistiques avec une mine mystique et une lippe énigmatique. Il sortit de sa manche un gros marteau et le tendit avec le geste auguste du semeur au chercheur de truc qui fut invité à taper à bras redoublés sur le mouchoir déposé à ses pieds.
Une série de bruits de brisements au son métallique, mi verre vrillé, mi métal martyrisé, furent clairement entendus par tous alors qu’un « Ho » inaugura une holà qui tournoya dans la salle tandis que le spectateur, comme possédé, répétait sa phrase fétiche « Ya un truc ! »
« Arrigato ! Applaudissez l’exploit de Monsieur : c’est magique : il est tlès tlés fol ! »
Piffuitt , à cet instant, comprit la folie du naif. La salle se déchaîna, alternant sifflets et rires dignes d’un gaz hilarant.
« Maintenant, Monsieur, pouvez vous me confier votre poltefeuille ? »
L’autre, déjà en transes, s’empressa d’obtempérer servilement, fier de découvrir le truc le premier.
Après avoir délibérément montré son contenu au public, une liasse de billets alternant avec une théorie de cartes de toutes couleurs, le superbe maroquin fut de même empoché prestement par Bushido, enroulé dans une feuille de parchemin dont les idéogrammes furent déclamés par l'Asiate, puis projeté dans un seau en inox rutilant de mille feux sous les projecteurs... tandis qu’un roulement de tambour prit son essor et envahit les tympans.
Une lichette d’alcool fut projetée par Bushido dans le seau et le spectateur béat fut sollicité pour projeter une allumette allumée. Le feu happa le seau puis s ‘estompa peu à peu laissant s’échapper des fumeroles évanescentes….
Trépignant, au comble de l’excitation, le spectateur était sur le point de découvrir la pierre philosophale et de percer l’énigme. ll émit son ultime diagnostic, comme un gémissement de chat pris dans un piège à souris qui a perdu le sourire, avec un pâle rictus :« Ya un truc !... ».
Il croyait ne pas avoir tout compris…quand le magicien, avec le cérémonial d’usage et force moulinets, recouvrit son hôte d’un grand voile noir opaque en lui disant :
« Vous m’avez confié votle montle et votle poltefeuille avec votre plein consentement, n’est-ce pas, Monsieur ? »
Le héros émit un borborygme expectoré du fond de sa gorge nouée couvert par le roulement de tambour qui décuplait et se propageait jusqu'aux cimaises…
« Et vous voulez toujours connaîtle le tluc, n’est-ce pas, Monsieur ?»
Le tambour cessa et Bushido continua sa session d’incantations. La foule entendit un faible râle alors que le voile fut complètement déployé pour cacher très classiquement le spectateur classieux à la vue du public en haleine…
Le silence se fit d’autant plus intense que la lumière s’éteignit pendant sept secondes.
Piffuitt compta : un, deux….
A sept, quand elle réapparut, le magicien avait disparu. Dans l'incandescence crue du projecteur, le candide sceptique se révéla sottement, aseptisé, en slip de soie scintillant, suant à côté du seau suintant des cendres d'une pensée sous influence…
Malgré de multiples rappels, sifflets et hurlements mêlés, Bushido avait disparu. Il avait accompli sa vocation et dévoilé son truc ...C'était très fort de saké!...
Entre le sceau du secret, le seau de l'artiste et ce sot de canard, comment parler des trois ?
PS : Vous savez qu'on peut écrire en rouge facilement avec un clavier sur ce blog ?
Vous voulez voir le truc ?
Regardez : en rouge facilement.
Rédigé par : E_mmanuel | 04 septembre 2010 à 08h59