Piffuitt s'efforce de contribuer aux bonnes volontés, plus ou moins éhontées, afin de manifester pour ou contre les retraites, il ne sait plus très bien, sauf que les caisses seront vides en 2015. Il a donc, en tant que PDG de Marquis de Sade (R) , agence conseil en communication, conseillé le SMIC (Syndicat des Mères Indépendantes et Célibataires) pour organiser une manif d'avant garde. Ce sera difficile de faire mieux...ou pire...L'un des manifestants lui a adressé ce témoignage poignant...
"J’étais au beau milieu de la rue dans mon beau landau tout neuf assis face à la route, fier comme un Babar bavard sur un banc de la rue du Bac.
J’étais en quelque sorte le chef de file de ce défilé de bébés, appelés pour la grande manif, pour dire notre ras le bol d’être obligés d’attendre l’âge de la retraite, alors que nous dégustons les délices du lait en poudre et des petits pots empotés exprès pour nous, bien au chaud dans nos pampers ouatés…
Maman, qui est encore étudiante et passe ses journées à la maison pour s’occuper de moi est, elle aussi, révulsée par autant d’injustice : il faut qu’elle trouve un travail et attende encore plus de quarante ans avant de continuer à ne plus rien faire avant d'atteindre l’âge de la retraite. Elle dit que ce serait plus simple d'accéder directement à la retraite...
Surmontant son chagrin devant un tel avenir, elle poussait les poussettes et ses copines aussi. Elles, qui n’avaient pas encore commencé à travailler, hurlaient des slogans pour protéger notre avenir. « Non à la retraite en lambeaux ! Oui aux bébés vengeurs en landaus ! » . Toutes ces amours de mères poussaient d ‘une main et tenaient un flambeau dans l’autre.
C’était une belle retraite aux flambeaux contre les retraites. Nous avancions au pas de charge vers les hommes en noir casqués et protégés comme Goldorak par leurs boucliers. La clameur enflait, relayée par des milliers de mères qui encourageaient leurs adorables rejetons à hurler encore plus fort les premières antiennes « Ouin ouin, ouin » d’un chant révolutionnaire qui se répercutait au loin, très loin...
Soudain le silence se fut et la clameur se tut. J’entendis, non loin sur ma droite, les pleurs d’un bébé qui ne savait pas tenir la cadence car c’était l’heure de sa têtée. D’un coup, le premier rang de landaus et de poussettes accéléra car les mères pousseuses avaient décidé de courir et de foncer droit sur les gendarmes aux cris prescrits de « CRS mes fesses ! » alternant avec « GIGN, j’ai la haine ! » Quelques unes étaient plus conciliantes en les interpellant en souvenir des gaz lacrymogènes des manifs précédentes: « Les gendarmes avec nous : assez de larmes ! »
C’était martial! Déjà les débuts d’une grande aventure semblaient s ‘inscrire en lettres de lait dans les pages de l’histoire sociale du pays. Pour la première fois depuis Gavroche des bébés vengeurs étaient volontaires et conscients de leurs responsabilités pour aider leurs aînés.
En toute autonomie, nous étions en première ligne pour relayer les papys et les mamies, les travailleurs et les travailleuses, les routiers sympas et les raffineurs avinés , les syndicats décatis et les casseurs cathodiques, les cathos cahotiques et les judas cachotiers, les minots et les lycéens, les collégiens et les maternelles...
Maintenant c’était notre tour, nous les bébés vengeurs, de défendre les retraites….J’étais vraiment fier, même si je ne comprenais pas tout…
Les gendarmes, plutôt des cons tractés jusqu'àlors par cette manif de babies sitting, semblaient maintenant décontenancés alors qu’un long cri perçant de chat huant montait de la foule ivre de sa nouvelle puissance. Hués et chahutés, ils détalèrent comme des lapins . La rue était désormais à nous !
Nos mères s’arrêtèrent enfin pour déballer les biberons et les sacs de pampers car, dans cette aventure extraordinaire qui devait faire la Une des medias du monde entier, je fus le premier à me sentir tout mouillé alors que les délicieuses effluves des bébés merdeux enveloppaient rapidement la foule d’une senteur persistante. Elle resta bien plus longtemps encore dans les mémoires que le souvenir -pourtant impérissable- de cette première manif des bébés vengeurs…
Ma photo - tout un symbole!- fit le tour de monde : je brandissais une pancarte, le cul à l’air, avec la mention: « Vive la retraite ! »
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