Piffuitt est un pauvre canard des chênaies qui a été démutisé par son maître après de patientes recherches et une persévérance de tous les instants pour lui apprendre à parler puis à chanter.
Au début ce pauvre Piffuitt n’était pas très telligent surtout quand son maître le mettait en compétition avec la petite souris du tout petit Nicolas (si petit qu’il devait ôter son chapeau pour nouer les lacets de ses souliers), celle qui avait bruni sous le harnois des mâles conquérants qui l’avaient conquise plus vite que la banquise par leurs bellissimes paroles et leur long sceptre qui symbolisait leur pouvoir sans limites et inversement proportionnel à leur verge à laquelle ils étaient pendus haut et court.
C’était en tout cas l’étonnant avis des mauvaises langues qui couraient le fin fond des landes profondes pour propager des légendes campagnardes afin d’ éprouver les nerfs de tous les gouvernants qui faisaient mine de ne pas les entendre. Ce pendant, ils souffraient mille morts de ces ragots qui salissaient leur honneur tout en exposant le fond de leur cœur au grand jour.
Or donc Piffuitt avait entrepris, sous la férule de son excellent maître (qui ne pensait pas encore s'en aller exhalant son dernier soupir), un long et savant apprentissage pour apprendre à parler. Il y parvint à grand peine après des débuts laborieux, mais bien vite il se mit à imiter son idole le petit Nicolas qui se trémoussait chaque soir sur les étranges lucarnes pour communiquer à tout va et lui servait de modèle .
Effectivement il se mit en devoir d’imiter sa gestuelle en raclant des pieds tout en haussant une épaule après l’autre. Il se fit très convaincant, d’autant plus d’ailleurs que, naturellement, il savait avancer le cou en avant puis le retirer en arrière à chacun des mots qu’il s’efforçait de scander pour manifester toute la conviction et la foi du charbonnier qui animait ses propos propices à séduire les donzelles de ces bois, canettes, pies, vieilles dindes et autres jeunes poulettes, ce qui faisait palombe d’un doute selon les observateurs avertis qui se dédoublaient ainsi.
Petit à petit, comme on dit dans les campagnes pour attirer la volaille à qui on lance du grain qu’elle devra moudre ensuite, la progression se fit prodigieuse. De convaincante, elle devint stupéfiante, sans adjuvant aucun, malgré les propositions des canetons alentour qui, l’un, lui proposait une canette de bon aloi et, l’autre, un cane à bis hors la loi.
Ainsi le prodige s’accomplit, mi-mirage mi-magie sans potage, mieux qu’un rafale bardé des plus récentes technologies. Piffuitt n’était plus seulement un telligent : il devint deux, puis trois, puis quatre telligent, bien plus encore que son maître qui dut se rendre à l’évidence en chemise et à genoux (chou, hibou quand il fut chaud) comme un pauvre bourgeois décalé.
Piffuitt, en devenant plus qu'un telligent fit la synthèse de son maître, saint homme s’il en fut, tout bardé de ses thèses et de ses antithèses. Il en vint ainsi, comme le divin Leonardo, à imiter à la perfection son idole.
Il se commettait même dans les comices agricoles du cru, cuit et recuit par le soleil estival pour se faire applaudir dans le moindre festival jusqu’à ce qu’un boutefeux au ministère de l’intérieur s’avisât de cette parodie et cria au crime de lèse-majesté. Mais l’apprentissage de Piffuitt ne pouvait être arrêté par un comique estropié qui confondait l’Auvergne et l’Arabie en demandant « l’Arabie, c’est où dites ? » au premier policier circonvenu..à moins qu'il se présentât à sa majesté "Sire! con venu, con vaincu, avec son vin cuit!"...
Dès lors, il devint encore plus telligent, six, sept et il frôla même le grand huit quand il se mit en devoir de se mesurer vraiment à ...car la, sa petite souris, qui pourtant avait bruni au soleil tout l’été en s’époumonant comme la cigale du bon Monsieur Jean de la Fontaine. Il entendit à peine un murmure, comme le refrain d’un maçon au pied du mur, ce qu’elle avait dit lui renvoya sa rengaine alors qu’elle n’en portait pourtant aucune avec sa dégaine de petite soeur des pauvres qui se vouait aux têtes de nègres..
Quand il devint neuf telligent, alors il sut qu’il avait vraiment dépassé sa chanteuse préférée qui n’était qu’une telligente; mais si elle était indivisible par son ombre ( le premier des entiers) elle ne pouvait guère être plus nulle. Cependant Piffuitt, lui, gravissait encore un échelon pour chanter comme dix telligents réunis.
Il organisa un fastueux concert à la fin de l’été et les applaudissements de la salle lui confirmèrent qu’il avait atteint son zénith. Bientôt, hélas, malgré tous les efforts de son maître, il suivit la pente du soleil et déclina à son tour.
Bien vite, il revint au niveau de son idole déchue et des chuts se firent entendre au fond des bois. Il en resta sans voix et il atteint même le degré abyssal de l’intelligence.
Il était redevenu un pauvre canard en vain telligent dans la lignée animale, trop de vin sans doute, trop de vain artifice aussi qui éclata dans son enclos comme le bouquet final ….
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