Tout petit, « Pépé Des Ah » (ce nom lui a été donné, à la fin de sa vie, lors de son entrée dans une maison de retraite parce que la seule chose qu’il arrivait à copier c’était le « Ah » d’émerveillement des pensionnaires qui le saluaient chaque matin en le croisant dans la salle du petit déjeuner) a accollé à son nom un signe de majesté copié chez un noble de sa région originelle, d’Arvor. Ayant ainsi enluminé son nom avec une particule en prime, ce Pépé des Ah fait classe.
Bébé, il copie déjà. Il ne se contente pas d’un seul sein de sa mère mais se précipite sur le second dès qu’il a fini sa tétée pour téter à nouveau en reproduisant scrupuleusement la succion exercée sur le premier sein. Très vite sa mère s’épuise tellement il est collant, mais jamais il ne renonce à sa copie.
A l’école il s’aperçoit, lors d’une séance de travail manuel qu’il peut aisément falsifier sa tâche sans que personne ne s’en aperçoive. Alors que sa maîtresse (oui, déjà) lui avait demandé de fabriquer une boîte pour y mettre des friandises, il avait simplement recouvert une boîte de chocolats offerte à Noël avec un joli carton. Pour ce premier forfait, remarquablement copié et collé avec de la seccotine, il avait reçu la meilleure note de la classe et l’excellence de son travail avait été reconnue. Cette réussite le marquera pour toujours et lancera sa carrière de petit plagieur d’ amateur.
Dès lors, il attendit sagement que son voisin de droite, le premier de la classe habituellement, finisse ses devoirs pour les recopier à toute vitesse et rafler la mise.
En outre, il avait acquis une extraordinaire technique qui lui fit bien du tort par la suite : il était capable de demander n’importe quoi à ses voisins de classe sans ouvrir la bouche ni desserrer les lèvres. Naturellement tous les morveux qui n’avaient pas cette remarquable technique de ventriloque, en mettant leur main devant la bouche pour échanger des renseignements, se faisaient immanquablement repérer et punir. Pendant qu’ils clumaient dans un coin de la salle de classe, notre petit plagieur d’amour n’avait aucune peine à récolter les lauriers qui saluaient son triomphe. Il ne tuait personne évidemment, mais tous étaient copiés et collés par ce petit prodige d'ahuri…
Adulte, il fit une somptueuse carrière dans les étranges lucarnes grâce à ses dons exceptionnels. Il savait trouver dans un pays inconnu le scoop invérifiable qui ferait de l’audience. Son plus haut fait de petit prince d'armes fut sans doute la réalisation d’une interview imaginaire en direct d'un fumeur de havanes. C'était son antithèse : un dictateur qui n’avait jamais réussi à copier personne, à part la misère du tiers monde qu’il avait réussi à reproduire à l’identique. Ce fut une merveille d'enfumage qui lui valut le titre de piteux plagiat d’artiste qu’il conforta ensuite, en copiant collant de plus belle.
Après avoir recopié la biographie d’un auteur américain en arguant qu’il ne pouvait « pas l’inventer » (sic), notre excellent héros vient de s’illustrer par un plagiat hénaurme qu’aucun autre pauvre plagieur d’auteur avant lui n’avait osé réaliser, même pas Houellebecq qui -pourtant- avait réussi le tour de force d’obtenir le prix Goncourt en copiant des pages entières de Wikipédia.
Ce Don Juan infatigable, avait osé recopier les lettres d’amour qu’une de ses minettes, séduite par ce vieux beau (old buck en anglais), pétillant plagieur d’amour, lui avait adressées et avec laquelle il avait fièrement descendu et monté les marches du festival de Cannes devant des rangées de canetons émus par leur diva des sunlights.
Sans vergogne, ce petit pince d'amour avait intégralement recopié ces lettres enflammées pour en faire un roman qui racontait son intimité. Laquelle n’était guère intime puisque, en bon copieur, il ne faisait que recopier encore et encore les émois et galipettes de tous les amants du monde, avec moins de souffle et d’endurance que le Cavaliere, grand prince de pouvoir et d’argent…
Brutalement, Piffuitt est extrait de sa torpeur de blogueur par l’impatiente ardeur de sa dulcinée :
« Dis chéri, arrête de bloguer, viens me faire un PPDA »
(traduction : " Petit Plaisir D’Amour, à répétition évidemment ")
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