Pour pallier les carences actuelles du management français -qui s’étalent à la une des journaux et ont fait l’ouverture du 20 heures l’an passé tout en remplissant la rubrique nécrologique de nos chers disparus- Piffuitt, PDG de Marquis de Sade ®, conseil intersidéral en communication et management, depuis la fuite de son patron aux Canaries, a eu une idée, géniale comme d’habitude, sa modestie dut-elle en souffrir en duty free mais pas sans intérêt.
Cette idée permet d’éviter les fameux risques psychosociaux qui inquiètent tant d’Etats-Majors soucieux de préserver leur rentabilité à deux chiffres et désireux de conserver l’affectation de leurs bénéfices aux actionnaires ravis. Ceux de France Télécom ont ainsi reçu près de quatre milliards d’euros pour compenser le sacrifice ému de quelques dizaines de suicidés moins heureux.
Cette idée, plus humide que lumineuse, évite de tout chambouler dans l’ordre établi des entreprises qui veut qu’un bon chef apprécié de son patron soit un parfait sale con pour ses subordonnés. C’est évidemment le cas excellemment représenté par cette entreprise de francs néocons branchée sur le net et le mobile, mais immobile dans le temps du taylorisme.
Son richard patron, inspiré par on ne sait quel mauvais génie des alpages, a décidé d’instaurer une salle de repos avec minuteur incorporé où chaque salarié peut aller dormir au son du yukulélé cinq, dix ou quinze minutes... entre deux engueulades d’un chef à rouflaquettes tout droit sorti des rangs d’une armée insalubre, telle qu’on la pratiquait en Algérie avec soufflons pour les fortes têtes et corvée de bois pour les insoumis…
Moyennant quoi, la récompense des objectifs atteints par les salariés comblés consiste à supporter encore l'affection léchouillarde dudit garde-chiourme lors d’un barbecue convivial avec contrepèteries débiles et compliments de campagne du condé pour déguster merguez poivrés et condiments aigres-doux.
Ce genre de récompenses, aussi insidieuses que peu dispendieuses, dispense de satisfaire les besoins psychologiques fondamentaux des salariés tout en évitant une réflexion stratégique sur le mode de management. Il remet aux calendes toute remise en cause drastique du style de management basé sur le développement personnel, l’amélioration du comportement managerial et un perfectionnement intensif en forme d’électrochoc. Quant au respect des droits humains fondamentaux, les cranes d’œuf en rigolent encore : pas chez nous ! L’effet de serf se manifeste dans toute sa splendeur : l’homme au travail est corvéable et taillable à volonté et doit dire merci à ses maîtres, plus despotes que potes. Ah oui, j'avais oublié d'embrasser les femmes dans cette effusion qui s'en plaignent en coulisses évidemment...
Pour amuser les gogos, les balivernes et les ersatz, concoctés par de doctes conseils payés à prix d'or, fleurissent donc en lieu et place de cette refonte totale de la conception et de la pratique du management : théâtre d’entreprise, benjy (saut à l’élastique) , clown-analyse, stages hors limites, séjour confiné en navette spatiale, chi-kong, dressage de chevaux et autres succédanés remplacent le véritable épanouissement prôné par la nouvelle norme ISO 26 000 : ce sont autant de gadgets d’avant-garde aussitôt passés de mode.
Piffuitt propose donc une nouveauté qui doit répondre à cette stratégie d’évitement et donner quelques frissons à nos managers tout en leur permettant d’exercer leur patience et leur écoute à destination d’un nouveau partenaire de leurs émois professionnels.
Le frog concept est une innovation majeure en matière de RH à destination des managers surmenés du monde entier désireux d’accroître leur charisme. Le frog concept s’impose comme LA méthode pour calmer les nerfs, apprendre à se ménager tout en ménageant les collaborateurs pour mieux les manager.
Il s’agit en fait d’une révolution copernicienne qui vient tout droit d’une étude scientifique approfondie menée au bord d'un étang à proximité de l’enclos de Piffuitt, dont icelui ne révèlera pas la localisation géographique même sous la torture, car de toute façon cette contrée n’est décelable par aucun GPS et ne figure sur aucune carte IGN.
Le frog concept est une technique de self-management qui peut se pratiquer dans n’importe quel bureau managerial, aussi bien dans une tour de la Défense que dans le bureau vitré d’un open space de banlieue, un jour de défonce comme un jour de déprime. Le frog concept demande seulement un récipient d’un mètre carré sur vingt centimètres de profondeur, ressemblant à un aquarium en plus glauque, dans lequel baignent…une ou deux manipules de grenouilles. Le but du jeu consiste à les faire taire.
Le coût du frog concept? Infime !
Piffuitt, lance une offre promotionnelle exceptionnelle. Il tient à la disposition des dirigeants intéressés un pack complet comportant cinq batraciens coassants, garantis rois du contre ut en rut, et une plaquette précisant le mode opératoire ainsi qu'un manuel de progression sur un an: le tout à un prix défiant toute concurrence. Attention, l’étang voisin de Piffuitt, source de ces probables sardanapales compte une population limitée et seules les cent premières demandes pourront être honorées….
L’avantage du frog concept est considérable pour les dirigeants, considérés par une telle innovation. Ainsi occupé, le manager devient un coq en pâte qui n’a plus le temps de se préoccuper de ses collaborateurs. Ceux-ci peuvent alors tranquillement vaquer à leurs occupations sans pression ni harcèlement et atteindre leurs objectifs tout en continuant à papoter, tapoter sans hoqueter ni mégoter afin de vivre leur besogne comme de joyeux drilles dans leur sérail... enfin libéré de leur infâme Iznogoud.
M'en mettrez une douzaine. C'est pour consommer en duty free et calmer les nerfs des familles des 69 soldats tués en Afghanistan. Au 69° mort, il est grand temps de faire un tête à queue. Allez rompez, nom d'une grenouille!
Rédigé par : Un de la légion | 14 juillet 2011 à 01h58