Un horrible drame vient de se nouer la nuit de la Saint Valentin. Une chaussette à pois a disparu au petit matin comme un mutin qui se fait la malle!
Drame aussi abominable qu’étonnant, aussi épouvantable que détonnant. Toutes les polices de la morale sont sur les dents.
Piffuitt a décidé de mener l’enquête dans cette stupéfiante affaire où, pourtant, les acteurs principaux n’ont pas fumé la moquette, quoique leurs ébats se soient terminés sur un tapis de Chine dans cette nuit où Valentine s’est passablement dévergondée lors d’une philippine endiablée.
Piffuitt a donc décidé de se lancer sur la piste de la chaussette à pois disparue dans des circonstances aussi troublantes qu’extravagantes, et cependant dans des conditions d’une affligeante banalité vécues par tous les amoureux de cette nuit câline.
Au réveil de cette nuit où nul espoir luit, après les transports romantiques qui la ponctuèrent et les folies sardanapalesques dignes de la Rome antique qui l’incendièrent, un constat s’imposait aux acteurs encore ébaubis par leurs prouesses sans cesse renouvelées : il manquait une chaussette à pois à l’appel!...
Malgré des recherches poussées, sous les meubles, dans les recoins de la maisonnée, derrière les coussins du canapé ou dans les limbes de la cuisine, la vérité toute crue à défaut d’être nue éclata comme un mauvais gag : point de chaussette à pois. Sa soeur était bien là, au fond d’un pantalon enchâssée dans un bas de soie, mais son alter ego avait levé le pied.
Point de chaussette à pois: celle qui restait se sentit bien esseulée d’autant que son propriétaire avait un rendez vous d’affaires dès potron-minet. Avez-vous vu un homme d’affaires se pointer à son rendez vous pointé du doigt par ses confrères alors qu’il exhibe une cheville dénudée et l’autre revêtue d’une chaussette à pois?
Piffuitt dut donc reprendre inlassablement ses investigations afin de retrouver cette maudite chaussette à pois qui, décidément, n’en faisait qu’à sa tête, lestée de petits pois. Piffuitt avait bien sûr l’habitude des escapades de celles qui nourrissaient ses escarpins. En effet, la commode de la chambre, un vieux meuble à tiroirs qui avait plus de souvenirs que s’il avait mille ans, était aussi le dépotoir de plusieurs centaines de chaussettes orphelines. Mais toutes n’étaient pas dues à des nuits torrides ou à des fêtes de la Saint-Valentin trop célébrées dans les torrents de la passion et noyées dans des cascades de champagne.
Alors, cette angoissante question, lourde de drames futurs et de vilenies à venir, s’imposa avec encore plus de vigueur : qu’était devenue cette chaussette à pois?
Dans le tas de vêtements qui jonchaient le parquet, entremêlés les uns dans les autres en un enchevêtrement inextricable de senteurs aphrodisiaques, se trouvaient pêle-mêle un florilège de sous-vêtements entrelacés comme les amoureux qui les avaient portés puis défaits à la hâte, sans halte ni répit.
Le démêlage fut fiévreux et chaque accessoire revenu à son identité vola dans les airs avec une flopée de jurons d’autant mieux sentis que s’évaporaient les vapeurs enivrantes des émois dont ils étaient encore empreints…
Ainsi, un bas de soie qui n’était pas à lui retrouva son complice, un string dentelé fut repéré sous une commode, un soutif fut certifié conforme, un t-shirt informe retrouva sa forme et un caleçon arrêta de crier son désarroi en se remettant à l’endroit …. Mais de chaussette à pois, point !
Où est donc passée cette damnée chaussette à pois ? Mystère !
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