C’est l’époustouflante déclaration, bien loin de celle des Droits de l’Homme (même si cet homme a bien le droit de prendre du bon temps et de le déclamer à tout va), déclaration passionnelle donc, de notre hyperprécédent (validé par les livres d’histoire post-2012) . Exalté par une lente montée d’un plaisir qui ne se dément pas chaque jour, au fur et à mesure que ses féroces soldats investissent les populations reculées, bientôt désarticulées, dont le sang impur se répand ainsi dans les sables du désert libidinal, par pure bonté d’âme de notre sauveur christique, il se lâche devant ses affidés: "oh oui, je la sens bien la situation!...".
Eh oui, Piffuitt la sent bien, lui aussi, cette envie de reconquête. En effet, ne vous y trompez pas canetons, il s’agit bel et bien d’une croisade pour conquérir des terres consacrées jusqu’à présent à des dévotions alla breve . C’est un tempo rapide à deux temps: un regard vers le ciel, des morts par bavure qui ne sont pas des Mirages mais bien des tirs en Rafale. Il n’existe guère, en ces temps de guerre, d’autres alternatives pour ces pauvres hères même en courant plus vite qu’un coran d’air.
Chaque spasme pestilentiel exacerbé par ces morts (qu’il est défendu de montrer à la télé à l’heure du dîner, c’est dégoûtant !) lui fait atteindre le pinacle au faîte duquel, à part la fête au Fouquet's, il n’y a point de mots trop forts pour manifester son plaisir, son contentement extrême et cette jouissance quasi-extatique qui ne se rencontrent guère en dehors des moments d’une chaude intimité toute gluante d’expectorations aussi glauques que de miasmes érotiques.
Piffuitt se pose donc les questions traditionnelles si chères à Quintilien (Quid, Quo, Quantum, etc) pour poser cette problématique qui a le mérite de rapprocher l’intimité de la jouissance avec l’approche fusionnelle qu’ont les gens de pouvoir .
Il a donc enquêté auprès de quelques camarades de jeu de notre Don Juan, Cavaliere mâtiné de Don Quichotte, pour connaître leur ressenti par une question aussi triviale que celle qui fut le point d’orgue de cette réunion du 13 avril :
« Alors comment la sentez-vous ? »
Le premier quidam apparemment patraque répondit tout à trac sans le moindre trac : « La santé, ça va pas fort, merci ! »
Le premier sinistre fut le premier à répondre franchement « Je.. la sensation que le grand chef pète les plombs »
Le premier secrétaire des lambeaux du parti au pouvoir a écopé d’une toux grasse comme s’il était écorché vif par la sensation qui le pénétrait jusqu’au tréfonds de son être et ne put que grogner : « Ca sent pas bon du tout »
Le candidat autoproclamé des Verts, rongé de l’intérieur comme une vieille pomme sur le retour, s’enflamma d’un « Ca sent le roussi ! »
L’ennemi N°1 incarcéré à la Santé ne se fit pas prier pour déclarer : « Je la sens …belle »
L’automobiliste à la pompe, devant le prix en folie affiché sous ses yeux éberlués, fut pris d’un délire d’essence épouvantable et s’écria « Je la sens, j’ai l’essence, hors de prix !.. »
Le majordome de Total, moustache sensationnelle en ordre de bataille : « Oh oui… je la sens bien !... Pour deux euros le litre, je vais pouvoir la mettre plus profond encore... Je veux dire: explorer les profondeurs marines sans peine. Je peux vous dire que ça va juter fort ! »
Les femmes en burka : « Oh oui, on la sent bien !.. Mais pas toujours comme et où nous la souhaiterions… »
La Marine Nationale : « Oh oui, je la sens bien, la grosse bitte d’amarrage du Président à l’extrême droite de nos positions »
Hubert Reeves toujours la tête dans les étoiles « Oh oui je le sens bien …cette belle queue de comète qui nous mène tout doit à l’extase cosmique !... »
Brigitte Lahaie, en posant sa pipe: « Oh oui je la sens bien… De mieux en mieux même. Les politiques sont de plus en plus hard !... »
La Mère Michu : « Oh oui je la sens…, mais vite, c’est lassant à la fin… »
Carla a refusé de répondre : trop peu pour elle !
Piffuitt, oh oui, c’est tout bon pour lui, il la sent bien dans son airial... la montée de la sève printanière.
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