Jessica, c'est mon nom dorénavant. Je venais d'avoir une promotion.
Désormais je m'occupais des VIP, après avoir été recrutée voici trois ans pour faire les chambres d'un hôtel réputé de New York. Les conditions de travail sont bonnes si tant est que je puisse parler de conditions tant les exigences de ces messieurs-dames sont exorbitantes.
Enfin, chacun sait ce qu'est de passer l'aspirateur, de nettoyer les moquettes et de traquer la moindre trace de poussière ou de récurer une salle de bains. Ma blouse n'y résiste généralement pas.
Mais le pire c'est, effectivement, de faire les lits avec des draps qui n'ont de blancs que le nom. Ces messieurs-dames n'ont aucune dignité, si j'en juge par tous les indices que je récolte depuis ma promotion à cet étage huppé. Eh oui, apparemment, le Blanc déteint.
Parfois je me demande ce que je fais là à trimer pour 6 dollars de l'heure. Bien sûr je dois payer mon loyer pour un taudis insalubre et bruyant dominant le métro aérien. Je dois aussi élever ma fille depuis que je vis seule. Elle a déjà 16 ans, exactement la moitié de mon âge.
Quand j'y repense, tomber enceinte (une vraie descente à pic en vérité) à 15 ans, prise de force par un vieux bouc qui se croyait tout permis avec moi pour me "donner une vie meilleure et me protéger", disait-il.
A cette époque tous les gars tournaient autour de moi, certains plus vite que d'autres, et mon éducation avait été faite très tôt. Je ne pouvais guère résister, comme la plupart de mes frangines, aux assauts incessants de ces petits malfrats et, l'un dans l'autre, la protection (sans protection aucune d'ailleurs!) de ce vieux Mamadou en valait bien d'autres. Pour quelques francs CFA, j'étais à l'abri de la faim et du désespoir.
L'histoire se répète: celui-ci m'avait sorti les mêmes balivernes et j'avais été contente, une première fois, d'échanger quelques mots en français avec lui, tant j'avais de mal à baragouiner en anglais.
Ce vieux beau, gentil et généreux, m'avait dit qu'il connaissait Paris, comme moi, puisque j'avais habité là bas quelque temps ,quand mon premier mari avait décidé de s'y installer après avoir traversé la moitié de l'Afrique à pied, en camion et dans une chaloupe jusqu'aux Canaries. Miraculeusement vivants tous les trois, direction la France...
Dix années de galère dans un pays qui ne nous donnait que des miettes d'un festin réservé aux Blancs.
Puis mon époux avait été tué dans une rixe entre gangs de la cité où nous résidions. Pour survivre, j'ai trouvé un nouveau protecteur...Dix ans de cette existence m'ont permis de réunir quelques économies pour faire le grand bond avec ma petiote.
C'est ainsi que j'ai été propulsée au beau milieu de la Grosse Pomme pour découvrir le rêve américain. Un cauchemar à présent.
Pourtant, depuis 3 ans, ce job de femme de chambre m'offrait plus d'espérance que les précédents. Mais depuis dix jours maintenant, c'est l'enfer. Atroce. Même si mes frères auprès desquels je me terre, me disent que j'ai touché le jackpot.
Je n'y crois guère après la souillure que j'ai subie.
Ce n'est pas tant l'acte qui me révulse que la confiance trahie que j'avais dans ce vieux bouc qui s'est transformé en brute épaisse. Une seconde auparavant, il paraissait si gentil et si prévenant: "Tu vas voir!...", disait-il.
J'aurais préféré devenir aveugle...
Encore un article inspiré par madame Stress-cane, amie de Piffuit ?
Rédigé par : E_mmanuel | 27 mai 2011 à 19h00
Eh oui e-manuel: c'est une sainte femme aux seins clairs qui a décidé de vivre désormais sans papiers parce qu'elle doit torcher d'autres affaires plus urgentes.
Rédigé par : piffuitt | 12 juin 2011 à 15h33