La Rochelle est bien connue pour ses filles, sa tour de guet à l'entrée du port, un fameux restaurant dont les spécialités de fruits de mer y font accourir le touriste à genoux même s'il en sort en crabe, et -bien sûr- le festival des Francofolies qui attire les bobos -de partout et d'ailleurs- autour du Grand Mail.
Dans ce port au passé glorieux où se réfugièrent quelques ostracisés par la pensée religieuse dominante d'alors, prospère -youp la boum- une petite université . En icelle quelques profs ont entamé une nouvelle querelle épistolaire. Cette guéguerre picrocholine nous promet, faute du respect oecuménique minimal habituellement adopté en ces lieux du non-savoir absolu où se croisent des "chers collègues" plus souvent en chaire qu'à la noce, une prochaine Saint-Barthélémy.
Oyez, oyez braves gens, ce beau combat entre les Anciens et les Modernes! Ces derniers venus utilisent le mail comme la plupart des canetons qui lisent et se délectent des pitreries de Piffuitt (si, si, impérieusement pour lui faire plaisir, svp!) puis vaquent (la galère) à leurs occupations qui vont de mail en pis, et de pis en verre de lait comme on va en pèlerinage. Pour se désaltérer, rien de tel que cette boisson (recommandée par un ministre qui, non content de considérer les Français comme des vaches à lait, leur imposait d'en boire dès l'école). A condition d'ajouter un généreux soupçon de rhum et quelques autres ingrédients hautement aphrodisiaques, cette bibine devient un somptueux alexandra. C'est un super nectar à déguster sans modération pour atteindre un nirvana dans lequel toute velléité de rancoeur, rancune, râle ou rage -même contenue- s'évanouit illico.
Piffuitt s'engage évidement à fournir, à tout caneton qui en fera la demande, la recette top secret qui se transmet de père en fils depuis l'abolition de l'esclavage. Elle aidait à supporter les voyages au long cours des résidents de première classe qui prenaient leurs aises à fond de cale.
Or donc, comme il est de coutume dans le monde entier, les mails commencent par "Bonjour" dans le meilleur des cas qui, comme la concierge de Piffuitt licenciée ès-cancans le répète à l'envi, sont deux, ce qui laisse le raisonnement dans un beau caca.
Mais continuons... Le deuxième cas de figure, assez courant pour débuter un mail, est justement de sauter cette étape aussi superflue que superfétatoire.
S'ensuit alors l'objet du mail sous forme d'info lapidaire jetée à la figure du mailé qui n'en peut mais: "réunion du labo 10 heures mardi prochain". Chacun sait pourtant que ce type de réunion ne sert strictement à rien sauf à manifester urbi et orbi et parfois intellecto militari la pensée du maître tout puissant qui croit diriger ledit labo.
Dans le meilleur des cas, lesquels vont encore par paire, d'étiques salutations terminent le mail . "Cordialement" et "Bien à vous" rivalisent avec le néant absolu. Dans l'autre cas, l'impair manque totalement de respect. Reste alors une série de coquilles vides de sens emplies d'une dysorthographie du meilleur effet.
Ainsi, de cette correspondance digne d'un fastfood, où prospère e-coli fiché de partout depuis de peu ragoûtantes affaires d'intoxication, certains s'offusquent.
Dans la fac en question qui n'avait pas été passée à celle-ci depuis longtemps, un vieux ponte aussi pétant qu'omnipotent s'insurge de ce laisser-aller qui confine à l'outrecuidance, voire à l'outrage le plus flagrant, pour ce digne professeur émérite spécialisé en droit international, cuit et recuit dans la naphtaline de ses idées reçues.
...Et son sang de juriste de faire un tour et de cailler sur place devant de tels mails qui lui sont adressés. Il a donc décidé de porter cette affaire (aussi brûlante que branlante, certes capitale pour l'avenir du monde aristocratique et la sauvegarde du langage jurisprudentiel) devant le tribunal pour faire condamner ses interlocuteurs (dont le Président de ladite fac qui n'aurait pas su contrôler les mails de ses administrés) pour "diffamation".
Jugement en septembre pour démailer cette embrouille et redonner tout son lustre à la langue française dans sa version plénipotentiaire. Hilarité générale garantie aux dépens du souverain pontifiant... quoique la présomption d'innocence doive bénéficier à l'accusateur!
D'ici là, Piffuitt affûte sa plume pour concocter les tournures fort civiles, empreintes du plus total respect, de la dévotion la plus dévote et du dévouement le plus complet pour écrire à sa concierge digne des loges afin de lui souhaiter, par mail sans risquer le mêli-mêlo, une bonne rentrée universitaire.
En attendant cet extraordinaire événement, l'avènement de ces salutations lyriques qui orneront désormais les mails de Piffuitt, il se fend d'une formule très djeune:
"Salut!"
ou plus space encore:
"@+"...
Signé : Piffuitt , PDG de Marquis de Sade (R), agence de communication,
canard des chênaies, expert en publigande (c) et trash-stories.
L'objet du courriel qui attisa l'ire du mandarin était-il vraiment "réunion de labo" ? Ne s'agissait-il pas de "réunion du nabot" ?
Rédigé par : E_mmanuel | 18 juillet 2011 à 17h50
Mouais ... ptêtben ! Ou scission du ballot... ou encore réunion du ralbol... Mais qu'importe la réunion pourvu qu'on ait l'ivresse des maux tus par l'intrus et la fureur des mots rugis par les malotrus
Rédigé par : Factotum | 18 juillet 2011 à 19h28