Piffuitt est allé voir un super spectacle de magie : assis au premier rang, il n’en a pas perdu une miette…
L’artiste s’appelait Bushido. Autrement dit : l’esprit du samouraï, comme il l'expliqua. Piffuitt entendit le début de sa profession de foi: "Quand l'objectif est atteint, le moment du choix est venu..." La suite se perdit dans le brouhaha de la salle...
C’était un Asiate bon teint,bon oeil, pas un Hindou qui joue les durs ni un Rom qui sent l’alcool, aucun de ces étrangers qu’on rafle au petit matin et dont chaque malin fait ensuite patin coufin sans coup férir.
Il prétendait se mesurer aux mânes d’Harry Houdini, un hongrois qu’on croit jamais qu’il est capable de faire ce qu’il dit, change le plomb en or, déficelle les paquets dans lesquels il s’enferme, dompte des bêtes sauvages dont il fait sa cour des miracles au quotidien, fait chanter une aphone chaque après-midi, chasse les nègres dès qu'il dévie de son cap, et réalise des prodiges de bonimenteur devant un public conquis qu’on quitte aussitôt dit, aussitôt fait..
Il souhaitait aussi rivaliser avec Majax, un collègue plus actuel, en présentant ses tours avec un accent liquide typique des contrées orientales.
Bushido, dans son tour de magie, s’amusait à faire apparaître et disparaître quantité d’objets : un lapin bien sûr au sexe incertain, une poule et sa douzaine d’œufs sans que le public puisse saisir très bien duquel la poule ou l’œuf était le premier apparu et ou le second ou la seconde en une fraction de celle-ci tout en restant entière (vraiment très fort cette cocotte en moins d’une minute, ce tour de magie neuf!) qui pouvait être le premier ou la première disparue puis apparue.
Ce phénomène quantique digne du chat de Schrödinger était beau comme un cantique évangélique. Parmi le public beaucoup était indifférent au caractère existentiel de cette problématique antique en toc.
Soudain, d’un œuf bien mûr jeté contre le mur un poussin fit « toc toc » et sortit comme on commet un fric frac. Les autres œufs délivrèrent leur marmaille tout à trac avec la régularité du tic tac d’une horloge.…
La foule applaudit et le magicien se fendit d’un « Arrigato » aux ananas, d’après ce que comprit Piffuitt.…
Mais le voisin de Piffuitt disait et répétait « Ya forcément un truc ! »
Ensuite le magicien monta en gamme ses tours : les disques qui se démultiplient et rapetissent puis grandissent, les flammes qui s’éteignent et s ‘allument toutes seules, les cartes qui apparaissent dans la foule et correspondent au souhait d’un spectateur désigné au hasard.
Le clou du spectacle fut dédié à un hippopotame unijambiste sautant dans un cercle de flammes qui apparut et disparut instantanément avec toutes ses pattes….
Le voisin de Piffuitt n’avait cessé de se moquer :« Ya un truc ! » ,
Effectivement ya toujours un truc, mais Piffuitt s’en contrefichait : il a l’âme d’un naïf qu’il aurait bien troquée contre une lame de canif pour faire taire l’importun.
Mais, à la longue, ces moqueries altérèrent le moral de l’artiste qui, après avoir fait disparaître l’hippopotame et recueilli une salve d’applaudissements nourris aux OGM (Ovations Gentiment Meuglées), se tourna vers le critique et lui demanda de bien vouloir monter sur scène.
Ce qui fut fait dans la trouble odeur d’un écran de fumée. Le héros de la soirée salua, serrant ses deux mains au dessus de la tête et bomba le torse comme s’il allait recevoir un Oscar en découvrant son Graal.
« Il va enfin voir le truc, c’est sûr!", pensa Piffuitt…….
La foule applaudit à tout rompre : elle adore les jeux du cirque et la perspective de voir dévorer le dompteur par le lion fait toujours un tabac depuis la Rome des Césars. L’occasion semblait propice d’autant que l’invité semblait radieux, profilant un sourire narquois sur sa mine de faux sceptique patenté quoique tenté de découvrir le truc.
L’artiste, la voix plus liquoreuse que jamais, lui demanda son avis sur le spectacle et le spectateur réitéra sa formule magique :
« Ya un truc…»
« C’est vlai ! », admis l’artiste. « Voulez-vous le voil lévélé ? »
(à suivre...)
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