Acte 7
Le deuxième joyau de la production agricole de l’Empire était constitué par la rose de Bulgarie. Elle jouissait en effet des mêmes conditions climatiques que son pays d’origine et procurait un revenu de 15 000 dollars à l’hectare, d’autant plus juteux que la main d’œuvre locale fournissait des petites mains pour la récolte.
La paix civile était ainsi achetée à bas prix pour des populations qui se contentaient de peu et avaient l’habitude de vivre en quasi autarcie des revenus de la ferme. Les suppléments procurés par l’emploi fourni par les colons étaient donc appréciés à leur juste valeur et permettaient de supporter le joug de l’Empire pour les plus pacifiques… Les autres pestaient en silence en attendant le grand soir. Certains étaient cependant plus impatients de passer à l’action...
Naturellement les autochtones gascons, landais et béarnais ne l’entendaient pas tous de cette oreille. Après des luttes sans merci pendant un quart de siècle, ils obtinrent une bande de territoire d’une vingtaine de kilomètres sur dix de large autour du lac d’Hourtin. L’immense majorité dut refluer au-delà de la Garonne ; les plus passifs prirent la nationalité de l’Empire. Privés de leurs droits fondamentaux, ils furent bien vite considérés comme des citoyens de seconde zone d’autant qu’ils ne partageaient ni les rites, ni les valeurs, ni l’athéisme des envahisseurs qui se réclamaient haut et fort d’une civilisation établie en ces lieux depuis plus d’un millénaire.
Les Angloys travaillaient avec acharnement sept jours sur sept pour souscrire aux objectifs d’indépendance et de puissance qu’ils s’étaient fixés. Cette constance était facilitée par leur absence de dévotion à une religion et leur attachement à un athéisme indéfectible. En réalité ils n’avaient qu’un dieu païen.
Ils l’adoraient avec ferveur et le célébraient tous les jours avec ponctualité. Cinq heures était l’heure de la cérémonie au cours de laquelle la feuille de thé était glorifiée avec componction comme une potion divine lors d’un rituel sans faille ni claque pour un five o’clock d’anthologie.
Pendant une heure, pas une minute de moins, pas une minute de plus, toute activité s’arrêtait. Chacun soulevait un petit doigt en forme de virgule pour déguster sa potion amère, les petites cuillers tintinnabulaient dans des tasses décorées de scènes champêtres tandis qu’un nuage de lait s’élevait doucement au dessus du breuvage, en alternance avec la découpe d’une rondelle de citron…
En réalité l’Empire AAA avait fort à faire avec l’opposition de tous ceux qui se sentaient spoliés par ces conquérants. Outre le fait qu’il détestait le thé, Titou se rebella l’un des premiers. Il forma autour de lui un mouvement de résistance à l’oppresseur après l’incendie de 1948 que les premiers colons avaient déclenché pour réduire la résistance des autochtones.
à suivre ...
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