06 avril 2008

Téléphage

Il regardait la télé à l'heure de l'apéro

.Le JT de 20 heures

Comme à l'habitude les images défilaient en couleurs...

Du sang et des larmes à côté d'un ministre prometteur de lendemains qui déchantent.

Le monde était à feu et à sang, des corps déchiquetés dans une mare de ketchup importé par les Ricains en Irak

En Afghanistan nos vaillaints soldats comptaient leurs morts ; un pour cent du contingent. Allait arriver, la Bush en coeur, un troisième bataillon pour améliorer les stats et faire pleurer les chaumières: pauv ' zenfants de la patrie reconnaissante!.

Meilleur score que sur les routes ou l'on atteignait à peine un pour dix mille automobilistes malgré les louables efforts des p'tits jeunes qui se crashaient complètement biturés au retour des boites du samedi soir....

Une misère .

A propos de misère, les Restos du coeur fêtaient leur vingtième anniversaire et fermaient pour l'ouverture du printemps. Zavaient ka se serrer la ceinture jusqu'à l'hiver, les pauvres, les chômeurs, les mères abandonnées,  les étudiants, les immigrés,  les sans abris et autres airèmistes...

Une larme de bonheur coula sur sa joue: il avait un emploi, dès cinq heures debout, deux heures de transport en tout genre,puis le métro, un boulot de tout repos, retour idem, juste rentré pour l'apéro et le zappo vespéral avant le dodo; sa femme était toujours là, les enfants chahutaient à tue-tête autour de lui, joyeux et cassant tout sur leur passage comme d'hab. De joyeux petits diables...

Maintenant c'était au tour des Tibétains de faire leur tour de piste de diables rouges.

Apparememnt ils étaient possédés par une flamme divine qui avait mis le feu à Lhassa sans se lasser . Ils semblaient garder la forme olympique.

De quoi se plaignaient-ils alors que les vaillants Chinois, pourvoyeurs à bas prix de T-shirts et d'écrans plasma pour tous, avaient pacifié leur pays, tracé des routes, des autoroutes, des lignes aériennes et des chemins de fer pour ouvrir leur haut plateau au tourisme dense? Les Chinois s'y trouvaient tellement bien qu'ils avaient décidés d'y rester, en uniforme pour bien montrer leur attachement à la loi et l'ordre, au lieu de ces vieux oripeaux rougeâtres arborés par des bonzes confits en prière qui  n'avaient rien  compris au progrès.

Il décida de se couper une tranche de  saucisson en regardant les dernières images du JT.

Vraiment il était heureux ! Toutes ces images avaient un air irréel.. Il était si heureux. il porta la tranche de saucisson sur un bout de pain qu'il beurra soigneusement,. lentement.

Il  appliqua la tranche sur le pain , et enfourna cette espèce de toast dans sa bouche grande ouverte.

Il mastiqua quelques secondes, 66 fois pour que cela lui profite, selon un précepte boudhiste.

Apparut une image de pub qui lui conseillait de se distinguer avec la dernière C5 d'un constructeur qui s'était aventuré dans un rallye Paris Pékin.un siècle auparavant.. Oui des lustres féériques  tintinabulaient sur l'autoroute de la gloire ...Magique!

Il avait toujours le couteau à la main droite et la bouche toujours béante.

Il frappa d'un coup sec de haut en bas en plein milieu de la bouche, violemment.

La pub s'arrêta sur le champ...

15 décembre 2007

K Rambouillet

Mister K a visité Versailles et Piffuitt a fait un rêve...

Mister K, sûr de lui,  apparut complétement sidéré par le trône de Louis XIV et l'ardeur de Napoléon, autres bienfaiteurs de l'Humanité qui, en leur temps, ont mis l'Europe à feu et à sang. Ils avaient  le même cauchemar de fédérer des peuples contre leur gré par le glaive et par  le feu.

Mister  K phare blafard de l'Orient, emballé par tant de majesté dans sa BM immaculée, s'est immédiatement rendu à Rambouillet pour en découdre avec quelques cervidés et sangliers obligeamment mis à sa disposition carnassière par son comparse qui avait planté ses pénates à proximité dans un pavillon du chateau le Petit Trianon.

Mister K, ni balle ni couteau, mais muni d'un fusil, à défaut d'un Milan suranné (inventé dans les années 70!) et des quelques broutilles guerrières dont il venait de faire l'acquisition la veille,  se mit à tirer à tout va avec sa chapka, ses bottes et sa veste de combat pour un djihad effréné;.

Quelques rabatteurs prirent du plomb, d'autres convives -plus morts que vifs- eurent quelques frayeurs mais le tireur fou continua.  Il voulait faire la peau de l'autre Mister K, ministricule des affaires qui lui sont parfaitement  étrangères, pour quelques pitoyables propos qu'il avait osé parsemer ses gaffes habituelles en guise de son absence de diplomatie .

Il fallut toute l'habileté du maître de cérémonie pour lui fournir un truchement à sa défonce guerrière.

Le chasseur émérite épuisa sa cartouchière sur une mounaque qui ressemblait trait pour trait à l'objet de son ire. Il trempa ses mains dans le ketch up dégoulinant et s'en barbouilla le visage avec délectation, comme il aurait aimé le faire du temps des Twin Towers exécrées avec le corps de son meilleur ennemi qui l'avait bombardé en sa demeure et tué sa fille quelque années auparavant.. 

Enfin repu,  le tireur fauve se pourlécha les babines, se rua sur la poupée de son , l'éventra d'un coup de machette et trépigna sur son cadavre désarticulé en poussant des cris de joie  dans un arabe dialectal du plus bel effet sur la faune environnante qui n'avait jamais connu un  telle explosion de sauvagerie depuis belle lurette.

Ainsi s'en fut, après une mémorable sardanapale parisienne,  notre torréador pour sa prochaine escapade au pays de Don Quichotte.

01 novembre 2007

Opéra bouffe

Il était une fois dans un pays lointain, un nouveau roi démocratiquement élu par ses sujets, objets de toutes ses attentions avant d'obtenir les rênes du pouvoir alors que sa reine l'avait quitté pour éviter d'être laissée pour compte dans ce conte sans foi ni loi qu'elle préféra abandonner sans bulgarité.

Or donc ce nouveau roi avait un appétit féroce. Il  fit doubler ses frais de bouche alors que son prédécesseur avait déjà obtenu  un millier d'euros par repas et que les gazettes s'étaient émues de cette débauche de bière, de grands crus,  de foie gras et de tournedos Rossini.

On attendanit une autre chanson mais l'opéra bouffe s'amplifia avec cette nouvelle étonnante:  le petit roi si petit qu'il devait ôter son chapeau pour lacer ses chaussures, avait  plus d'appétit que le précédent, pourtant bien connu pour s'empiffrer  lors de mémorables sardanapales qui suivaient ses visites aux comices agricoles.

L'appétit de grandeur du petit ne connaissait plus de limites, même si sa côte de popularité devenait chaque jour  plus petite dans les sondages. Il enrageait et décida  de multiplier ses émoluments par 2,5. Il prit cependant grand soin d'attendre  le prononcé du divorce  afin de ne pas faire profiter son ex d'une coquette pension alimentaire.

Napoléon avait mérité le titre de  "petit". Celui-ci l'était encore bien davantage et restera comme le "Tout-Petit" avant de disparaître dans les limbes de l'Histoire après que le peuple des sans culottes l'ait déculotté puis éjecté de son trône suite à de mémorables manifestations de rue auxquelles chacune de ses velléités de réformes se heurta. 

Piffuit en a pris de la graine et a exigé de son maître de tripler ses mesures de maîs et réclame toujours ses OGM à cor et à cris car il a besoin de retrouver, lui aussi, une douce canette.

13 octobre 2007

La Queue du Chat

Piffuit s'amuse à regarder ses congénères s'agiter autour de lui.

Outre les animaux de la basse-cour et ceux qui se croient dans la Haute cour sans s'apercevoir qu'après les délices d'initiés, ils courent tout droit vers celle de la Justice pour délits d'inités, deux chattes s'amusent benoîtement avec leur jeu favori.

Imaginez un chaton et sa mère.

Le chaton commence par donner un coup de patte à la queue de sa mère. celle ci remue la queue pour chasser l'importun.

Le chaton lance sa patte pour attraper la queue, celle-ci fait un mouvemnt encore plus ample, et ainsi de suite.

Le jeu s'amplifie de plus en plus vite jusqu'à ce que la mère, insupportée par cet emballement s'enfuie prestement et le chaton s'élance à ses trousses. Tous les deux se perdent alors à la vue de Piffuit qui continue à chasser les mouches et les moustiques alentour, furetant dans l'herbe épaisse pour y trouver quelques vers de mirliton et d'autres plus goûteux.

Lui aussi remue la queue à chaque fois qu'il trouve sa pitance et l'avale goulûment en projetant son bec vers le ciel en signe de remerciements au Très Haut, son maître à ¨deux pattes, arbre urinaire vertical,  qui lui préserve cet Eden....

Loin de Paris, de telles scènes, vécues par les 2% de la population qui habitent à plus de 5 Km d'un bureau de poste, abandonnés par les services publics et la furia de ce monde, nous habituent à ce proche futur où les caisses de l'Etat seront vides, celles des retraites itou, la banquise fondue, le climat déréglé.

Il faudra alors se rapprocher de Dame nature, dénaturée par nos jeux sans queue ni tête, et des choses simples qu'elle nous réserve.

La queue du chat remplacera l'écran télé, le portable et le monde en tique disparu à jamais...

10 juillet 2007

ABANDON

Encore un abandon de chien, cette criminalité est en constante augmentation avec les départs en vacances.

Cette fois c’est le mien que ma femme a lâchement abandonné en partant seule je ne sais où..

C’est l’histoire de tous les toutous abandonnés au seuil de l’été.

Un adorable chien-chien à sa mémère . une boule de poils recueillie dans un chenil et qui, bien sûr, a  déjà été abandonné. Il renifle dix jours à l’avance le sort qui pourrait lui être réservé par des maîtres négligents. Alors maintenant il est toujours sur mes talons.

Or donc ma femme est partie en vacances en laissant son chien, ou plutôt sa chienne, en fournissant généreusement deux  paquets de croquettes spécial mini pour chiots. Des paquets rouge et blanc bourrés de pub par des créatifs tondus.

La première semaine, j’ai vidé le frigo car je ne pouvais moi-même aller me ravitailler. Cette chienne se mettait systématiquement sous les roues de ma voiture  et comme j’ai laissé la  clé de contact toute une journée.. .

Bref, je suis coincé à des lieues de toute  habitation et dans la France profonde, même le téléphone et les NTIC sont aux abonnés absents.

J’ai donc profité de vacances totales pendant la première semaine.

La seconde semaine j’ai commencé le rationnement.

J’ai partagé les croquettes avec ma chienne.

C’est pas plus mauvais que des pop corns, et comme tout est prévu :  lipides, glucides, vitamines. 

Au bout de la seconde semaine, je commençais à aboyer correctement et partageais mon lit avec ce clébard en me lovant en rond ou en m’étalant de tout mon long sur le ventre par pur mimétisme.

La troisième semaine le frigo était toujours aussi désespérément vide et les paquets de croquettes avaient été léchés et reléchés jusqu’à la moindre miette .

Deux jours de jeune suivirent.

Et puis,  le troisième jour de la troisième semaine, j’ai craqué : j’ai mangé cette petite bête .

Je viens juste de me lécher les babines avec son petit foie poêlé, car dans un caniche ya vraiment pas grand chose à manger.

Je suis même pas sûr que ma femme va rentrer de vacances…

05 mars 2007

Décompte de Noël(2)

Joêl se met à hurler à pleins poumons alors que le souffle de l’air et la neige mélangée lui fouettent le visage et s’insinuent dans ses yeux qui le piquent.

Mais que c’est bon de se laisser aller à aboyer tout le mal que il pense de ces fichus examens, de ces colles interminables et de ces concours idiots, de ses compères ahuris et de ses profs tyranniques.

Il retrouve la chansonnette « les cahiers au feu et les maîtres au milieu ».

Puis il lâche un cri terrible en improvisant une danse du scalp  pour clore cet instant de défoulement sauvage. Archi-nul ? Mais que ça fait du bien….

Il se rattrape comme il peut à l’arrière du traîneau en tirant la barbiche du Père Noël qui cravache des rennes endiablés au dessus des loques blanchâtres de l’Arctique .

Ring the bell, Joel c’est Noel  trotte toujours dans sa tête.

Il est maintenant au dessus d’un grand lac gelé qui ressemble à un vaste miroir.

Il aperçoit des patineurs tout en bas.

Un gamin lui fait des signes avec une main menue. Il s’approche .

Il le voit maintenant plus distinctement. C’est bien lui, Joêl.

Il avait  alors trois ou quatre ans.

Il s’en souvient bien car c’était la première fois où il était allé à la patinoire avec sa petite combine bleue et or, son écharpe rouge et ses gants blancs. Il patinait déjà comme un dieu du stade .

Il se revoit en pleine lumière, il éclatait de rire avec son père qui lui faisait faire la toupie et le portait sur ses épaules.

Ah ! qu’il était heureux en ce temps là !.

Son rire éclate en cascade dans son oreille. « Comme je suis heureux, insouciant, dans les bras de papa. J’entrevois maintenant  maman plus loin qui applaudit son rejeton, moi, le plus beau, heureux !…Elle me tend une fleur. Elle grandit, je sens son odeur, oui, c’est une belle rose toute rouge qu’elle agite sous mon nez : papa vient de la lui offrir pour sa  fête ».

Quel bonheur soudain…c’est géant !

(à suivre...)

27 février 2007

Décompte de Noêl

Lessivé, crévé, out  !

Marre de cette campagne interminable et de ces zombies sur écran plat.

Ce début d’année est mortel.

L’année est décisive.

Le joli mois de mai approche.

Joël voudrait bien trouver un moyen pour se remettre en énergie, récupérer des forces et retrouver la grande forme avant la fin du semestre qui s’annonce terrible.

Mais comment faire ?

Joël n’en pouvait plus.

Il s’assoupit quelques instants sur une équation rebelle.

Un songe étrange envahit son esprit et il se laissa aller à son étreinte.

Il vogue bientôt en Ax ou Bx, il ne sait plus trop bien.

Soudain le C s’arrondit puis s’élève au carré au dessus des cieux.

En fait, c’est le traîneau du Père Noël qui l’emmène en fendant l’air tout de go sur un air de castagnettes et de samba. Caramba, mon royaume pour un carambar ou un rêve sans cauchemar!

Il a beau tirer sur les rênes, les rennes tirent encore plus fort. Un vieil air résonne dans sa tête, il entend des cloches joyeuses carillonner : Ring the bell, Joel, c’est Noel...

« Voila une maxime dont il faudra me souvenir au réveil », pense–t-il en se cramponnant au chariot magique qui l’embarque au firmament.

Des étoiles plein les mirettes et des comètes comme s'il en pleuvait.

Mais il est trop fatigué pour résister au vertige du songe.

Le traîneau l’entraîne plus loin .

22 novembre 2006

Fruits de la passion

Mandarine_2Elle mandarine dans les hautes sphères, comme une royal delight mais on l’appelle Clémentine, même cassis ya pas besoin de couteau pour l’appeler à pleines dents comme une pastèque frites. L’ananas c’est une pomme car elle a une sacrée pêche. Elle passe toujours à l’orange dans son tailleur kaki et en file plein la poire à ceux qui veulent se la farcir alors qu’elle a pas dit kiwi ni non.

...

On dirait toujours qu’elle va redevenir citrouille avant le douzième coup de minuit ; elle est si trognon avec sa banane sur la tête plantée comme une cerise tomate sur un gâteau à la crème de groseilles.

...

Ah ! mangue plus que ses yeux en amande qui vous scrutent comme les raisins de la colère quand elle colle des prunes dans le citron des glands qui ramènent leur fraise et veulent la faire marron avec leurs raisonnements d’avocat à la noix pour goûter à ses charmes pour des nèfles.

...

Imaginez  son petit abricot mignon sous sa jupe framboise que vous pouvez litchi goulûment alors que ses melons s’échappent de  son corsage  -mais pas trop-,  prêts à exploser comme des grenades trop mûres dans une carambole divine.

J’en reste mi-figue, mi-raisin.

29 octobre 2006

A nos âmes ours d'enfants

Raphaël avait recu en cadeau un amour d’ours comme beaucoup d’enfants et de petits garçons en particulier. C’était son frère jumeau, son compagnon de jeu, le confident de ses nuits, le réconfort de ses réveils. Il pouvait tranquillement attendre et son papa et sa maman en faisant patienter son amour d’ours.

Noursik_nuan_2bout

           Bien sûr, c’était un compagnon de vie idéal, discret,souriant comme un rayon de miel, lumineux comme un rayon de lune,  pas têtu pour un sou, toujours de bonne humeur, tantôt tête de turc, un tantinet   tête de gondole, tantôt objet de tendresse : un ami fidèle en tous points, un amour d’ours.

           En plus,  pas gourmand : il n’aimait ni le miel comme tous ses autres congénères des Alpes, de Croatie ou des Pyrénées ni les chasseurs. Raphaël pouvait laisser ses bonbons à sa portée, jamais il n’en manquait un seul. Il délaissait même les tablettes de chocolat qui traînaient  dans un coin de sa chambre et il n’avait même jamais glissé sa patte griffue  dans le pot de Nutella dont il était si friand.. Bref jamais ours n’avait  fait l’objet d’une telle dévotion. Quoique… Bref, pour Raphaêl cette idylle était devenue trop parfaite.

Un beau jour, l’orage gronda et se répandit dans la maison. Raphaël fut tancé vertement pour une broutille et se déclara subitement mal-aimé..  Vexé, fâché, tourneboulé,  il tint son nounours pour responsable de son désamour .

C’est ainsi que germa leur première scène. Le nounours, pacifique par nature,  ne se défendit guère, il ne protesta pas davantage et subit la colère du bambin sans un mot, sans un cri, sans un râle. Raphaël avait beau dire,  le nounours ne sut le maudire . Devant un tel flegme, Raphaël passa la surmultipliée  et  sa colère enfla comme un grand. Il attrapa le nounours à pleines mains, le brandit  pour le faire virevolter au dessus de lui. Il le fit  tournoyer ensuite en maudissant  le pauvre animal qui commença alors  à écarquiller les yeux de stupeur.

Plus il tournoyait, plus il se retrouvait écartelé. Le manège infernal prit de plus en plus de vitesse jusqu’à ce que, au sommet de sa rage, le bambin lâche  de toute ses  forces le nounours tourneboulé. Celui-ci s’envola dans les airs,  rata de peu le mur et s’engouffra à travers la fenêtre grande ouverte. Il compta alors les étages, un puis deux, puis trois, puis quatre et dans un grand boum taffeté par sa peau d’ours, s’écrasa sur le toit d’une voiture en stationnement.

Raphaël se précipita à la fenêtre mais le nounours avait disparu .Il eut beau chercher, scruter les cieux : travelling avant travelling arrière et contre-plongée n’y firent rien. Envolé ?.Mais oui c’est cela : en-vo-lé ! Ses cris et ses larmes n’y changèrent rien .

Sa mère accourut alors pour retrouver un bambin effondré sanglotant un sempiternel « RhumfrNounours s’est envolé , sniff ih ih »  Sa mère comprit la situation en un clin d’œil, dévala les escaliers avec Raphaël dans ses bras, mais il n’y avait point de nounours au droit de la fenêtre, ni même aux alentours. Seule une place de parking vide...

Ainsi s’envolèrent les rêves de Raphaël et l’âme ours du bambin…Le soir, depuis lors, les yeux lourds de l’ours d’alors,  il reste des lustres entiers devant la fenêtre, regardant au dessus des nuages, dans l’infini des cieux, espérant la prochaine réapparition de son nounours. A Noël ou plus tard : le 22 avril ?….

15 octobre 2006

L'ile de la contrition

Dans un avion de ligne au dessus de l’Atlantique. .Deux couples en voyage de noces roucoulent. Soudain des turbulences à quinze mille pieds. La voix suave du commandant se veut rassurante. L’avion pique du nez . Suit une explosion . Des hurlements. Nos deux couples continuent à s’étreindre en remettant leur vie entre les mains d’Allah. Allah agbar !

Des secondes d‘éternité s’écoulent. avant le splash final dans les eux bleues et chaudes de l’océan. Des débris partout. surnagent  Youssouf est le premier à s’accrocher à un siège. Sa bien-aimée Saida a disparu. Il cherche en plongeant ses yeux dans l’horizon immense. 360° de débris et aucune vie humaine.

Emergeant du sourd mugissemnt du ressac, il entend un gémissement. Son cœur bondit dans sa poitrine. Est-ce elle ? Il s’approche en quelques brasses d’un forme humaine. C’est elle ? Oui. Non. C’est une jeune fille qui gémit et lui dit dans un souffle « Sauvez moi. Je m’appelle Yasmina ». Il la prend dans ses bras sur son fauteuil alors qu’elle s’évanouit .

La nuit noire s’étend sur le drame et jusqu’au matin Youssouf garde l’espoir. Il n’en peut plus et s’endort à moitié éveillé à moitié hébété. Le soleil se lève sur un décor désolé et quand Youssouf s’éveille, il se trouve échoué sur une plage de sable blanc parsemé de palmiers allongé à côté d’une femme assoupie. Aurait-il atteint le paradis promis ?  « Ah,  c’est Yasmina ; nous sommes bien vivants ».Il fait quelques pas sur la plage. Il crie, court, cavale.. Aucune réponse. ..

Les jours passent et avec les débris apportés par la marée, ils aménagent un abri de fortune. Coquillages et quelques fruits font l’ordinaire, mais la faim  se fait tenace. Ils se consolent mutuellement de leur infortune . …Au cinquième jour Youssouf laisse sa compagne pour aller voir au delà de la dune en lui promettant un retour rapide. Il emporte quelques coquilles pour marquer sa route.

Arrivant en haut de la dune.  Il ne voit rien qu’une étendue sablonneuse. Il dévale la dune et en remonte une autre. Et encore une autre. Enfin il croit apercevoir  des lumières et des formes. Il s’approche. . Aucun doute : la vie est là. Encore plus près, des hommes et des femmes s’agitent. Plus près encore : c’est un campement. Des véhicules militaires bâchés de vert,  une tour de guet, des barbelés ,

Il s’allonge et s’approche encore pour mieux voir. Des hommes en tenue orange ont  l’air d’être retenus prisonniers.  Il s’approche encore et son sang se glace : sa belle Saida est là debout enlacée dans les bras d’un autre gaillard. Mais oui lui aussi était dans l’avion : ils s’étaient présentés :c’est Hassan, le compagnon de Yasmina..  Il retient un cri et se retire à reculons, en décrivant un large  arc de cercle.

Alors, il entrevoit une grande pancarte. Elle  se détache sur le bleu du ciel au dessus d’une immense grille en fer.

Il déchiffre, éberlué :  G..U. A..N. T. A. N. A. M. O.