Que faire dans une soirée entre amis avant ou après un dîner pour innover un peu ?
- Boire, manger, débiter des balivernes, écouter Barbelivien dans sa barbe ou s’endormir en tendant l’oreille aux susurrements sirupeux d'une Carla essoufflée par l'effort consenti à ses soupirants?
- Raconter des blagues salaces, dire du mal des absents, comparer les cours de la Bourse ou mater les bourses en cours, rivaliser de bons mots ou comparer ses maux?
- Déguster des grands crus, s’empiffrer de mignardises et ripailler jusqu'à plus soif?
- Jouer aux cartes, discourir de la méthode et s’endormir au fond d’un canapé tout en éclusant un Dom Pérignon ou un armagnac centenaire ?…
Tout le monde n’a pas les moyens ni des uns ni des autres.
Piffuitt, toujours à la pointe de l’innovation et du progrès de l’humanité souffrante comme des privilégiés, propose donc un nouveau jeu de société pour réactiver ces soirées moroses dans lesquelles les bobos s’enlisent et les prolos se bisbillent.
Un ordinateur portable fera l’affaire comme matériel unique. Il faut aussi un gentil animateur retour du Club Med et un journaliste déchu du 20 Heures, ou sévissant dans n’importe quelle autre émission où il s’agit de tirer les vers du nez de ses invités. Le public constitue l’autre élément capital généreusement fourni par la cohorte des pique-assiettes qui accourent à pied, à cheval ou en voiture, à ces repas entre amis.
Le jeu débute à la fin du repas. Chacun s’assoit là il peut, éventuellement et comme par inadvertance sur les genoux d’une pétasse un peu pétée ou d’un vieux beau sur un escabeau qui se lèche les babines, au choix des convives. L’un d’entre eux est tiré au sort : c’est le joueur. Le journaliste est appelé l’interviewer. L’expert en informatique, hacker de son état, est au clavier.
Le déroulement du jeu s’opère de la façon suivante : le joueur est assis sur un fauteuil confortable en face de l’interviewer au centre du salon. Le pouf du fils de la maison remplira encore mieux cet office et la pouffe de la maison offrira des petits fours extraits de son office.
Le joueur est alors invité à raconter sa vie par l’interviewer tandis que le public l’aide à préciser ses formulations pour transformer ses questions fermées, et souvent bouchées à l’émeri, en questions ouvertes sur des réponses précises et circonstanciées.
Il est conseillé de commencer par des banalités habituelles pour mettre le joueur en confiance. Son histoire, sa date et son lieu de naissance, son boulot, ses hobbies tandis que ses mensurations seront ponctuées par des « Ho ! » et « Ha » admiratifs ou les sifflets et huées du public. Il serait tout à fait inconvenant de demander des preuves. Un convive qui s’y hasarderait aurait un gage : suppression de son verre d’eau ou d'un ovaire, par exemple.
Le but initial du jeu est d’obtenir le mail du joueur, ce qui est relativement facile pour le hacker de service à partir du nom et du prénom du joueur. Le mot de passe est un peu plus délicat à trouver mais, à partir des premières réponses fournies, même un apprenti hacker les obtient et casse les codes d'accès aux compte secrets du joueur.
Ainsi, pendant que le joueur continue à être interviewé de plus en plus intensément sur ses préférences cérébrales, ses opinions politiques, ses habitudes, ses rituels sociaux, ses manies et ses petits secrets, ses tics et ses tocs, alors que le public trépigne et s’esbaudit de plus en plus bruyamment à l’écoute des exploits sexuels du joueur, le hacker a déjà pénétré et enregistré toutes les données sensibles du joueur. …
(à suivre…)
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