12 juillet 2006

Insu portable

Piffuit est dans le TGV dans un wagon silence, quelque part sur le réseau ferré de France entre Lille et Paris.

Ni son, ni fumée. Un régal

Soudain sur le siège qui le devance, Piffuit entend un téléphone se déchaîner.

La demoiselle accrochée à son tamagochi version portable en folie répond et, à son insu, Piffuit déguste la conversation.

...

« Allo oui, c’est moi »

Dans le train mon chéri !

Oh, une bonne heure encore!

Attends, ça va couper...

Le tritt stridulé reprend après le passage sous un tunnel

Oui, tu me demandais ce que l’on faisait ce soir pour recevoir les Dumol

Oui, non mais c’est çà

...

Oh bé! jsais pas 

...

Tu devrais voir chez Picard c’est tout prêt, yapuka réchauffer

Quelles précautions ?

Attend ça va couper dans cinq secondes

Le triitt reprend sa stridence acidulée et l’insupportable continue

Non mais oui, j’ouvre une boite pour la sauce, c’est vite fait

Pour le vin ?

Chaipamoi !

...

Oh, c’est trop sec!

Quoi ? oh zut! c’est coupé!

...

Triittt du portable au su de tous

...

Ah oui, non, je disais que ce vin est trop sec. Vaut mieux un gewurtz

Otsais faut pas s’embêter !

...

De toute façon, j’arrive dans une demi heure: on verra sur place

Quelques coupures, sonneries et recettes plus tard...

Ca y est : on arrive en Gare du Nord

Bon, bisous, c’est toi qui fait chauffer le four!

Je t’embrasse, ma chérie

Mais oui, on aura juste le temps de se faire un câlin,

Moi aussi,  tu me manques !

Oui, partout, t’es contente ?

….

Cà y est, on s’arrête.

Gros bisouillis, ma chatte, j'arrive !

05 mai 2006

Pic et chick, grogne et choléra

La Réunion, l’ Ile, pas celle du lundi pour faire le point  avec les commerciaux, c’est une chouette destination pour les vacances : des requins partout, un volcan en perpétuelle évolution, des tornades tropicales à décorner tous les cocus de la terre, une chaleur étouffante, une vie super chère et près de 40% de chômeurs. Cà c’est pour l’envers de la carte postale

Piffuit vient d’y faire un tour dans un avion à moitié vide (les touristes ont peur)  lors d’ un voyage de douze heures en classe sardines et le survol du Sahara avec sa gueule de papier mâché.

Ca a même un peu brûlé en septembre 2005 mais les medias étaient occupés avec le 93, d’autant que  tout le monde sait que les confettis de l’Empire sont calmes avec une jeunesse heureuse, une  population accueillante et une vie de rêve estampillée par des cartes postales où les palmiers masquent la tôle ondulée et la misère.

De tous ces maux motus e-media dans l’Hexagone.

Pour les métros qui jouent les touristes c’est le pied cette île avec un lagon, des paysages sublimes,  des palmiers,  du soleil à gogo, des ananas victoria et des nanas bronzées pour raconter des vacances extraordinaires au retour.

En période normale il y a aussi des moustiques mais pas de quoi se gratter souvent.

Depuis janvier 2005 le chikoungougna est du dernier chic . On le connaît depuis 1776 et d’habitude il se tarit pendant la saison sèche.

Cette année  2006 il a choisi d’attaquer en force ; et comme la canicule de 2003 a servi de leçon à nos élus, qui sont souvent des forts en thèmes astraux, croient qu’une campagne de communication permet de contredire les faits, les morts de septembre dans l’Ile ont été éclipsés par les feux du même mois en métropole .

Avant le CPE  des ministres ont  risqué leur peau délicate et leur maroquin fragile en allant, par des incantations,  juguler l’invasion du chik. Depuis lors, hélas les familles sont décimées, les entreprises tournent au ralenti, la canne a sucre n’est plus cultivée, et le touriste fuit une faune et une flore dévastées par les insecticides déversés à haute dose,  alors que 70% des gens ne peuvent s’offrir le traitement préventif ou curatif à long terme exigé par la situation catastrophique et vendu à prix d’or par les labos pharmaceutiques.

Mais la loi de Murphy s’applique aussi dans cette île : la route du littoral qui est le poumon économique, logistique et touristique de la Réunion s’est effondrée sur une cinquantaine de mètres faisant quelques morts parmi les véhicules qui circulaient à ce moment là.

La route est restée coupée un mois  et vient d’être rétablie, .épargnant à ceux qui doivent se déplacer de passer par les hauts montagneux, route étroite et sinueuse ou de faire le tour inverse, soit rajouter deux à trois heures supplémentaires par trajet.

Happy end :  le chick a disparu et les touristes sont attendus avec impatience avec un air un peu moins  compassé que par le passé pour redonner le sourire  aux habitants de cette île lointaine qui est un modèle d’intégration multiculturelle.